MONTRES HOMME

LTM, le motoriste discret de Fleurier

LTM MODULE PREZ

Demandez à LTM la liste de ses clients : vous aurez droit à un sourire poli et à un silence éloquent. En 2023, Christophe Lüthi, alors CEO de la maison, n’en lâchait pas un seul nom. Une trentaine de marques, pourtant, confient à cette manufacture du Val-de-Travers la conception, la fabrication et la décoration de leurs mouvements. Et personne n’en parle. C’est la règle du jeu, et tout le monde la respecte.

De frontalier à fondateur

Le Temps Manufactures a été fondée en 2008 par Sylvain Jacques, à l’époque « frontalier », comme on appelle en Suisse ces milliers de Français qui passent la frontière chaque matin pour aller travailler, souvent dans l’horlogerie. Il démarre comme simple fabricant de composants, puis l’entreprise grandit pas à pas : reprise d’un bureau d’études en 2013, puis arrivée dans le groupe de Centagora (centres d’usinage et robotique industrielle), de Décotech (décoration de mouvements, à La Chaux-de-Fonds) et de Relhdis SA (galvanoplastie et traitements de surface).

En 2023, Europa Star comptait environ 170 personnes dans le groupe : 122 dans la maison mère, 35 chez Décotech, 11 chez Centagora et 3 chez Relhdis, pour une manufacture intégrée à 90 %. Seuls les pierres et les organes réglants viennent de l’extérieur, de chez Precision Engineering (Moser) et Atokalpa (Vaucher).

LTM occupe d’ailleurs les anciens locaux de Vaucher Manufacture, son voisin de Fleurier. Le Val-de-Travers, berceau de l’absinthe, est en train de se faire une réputation horlogère qui pourrait bientôt rivaliser avec celle de la Vallée de Joux. Les Combiers apprécieront.

Sylvain Jacques, fondateur de LTM, devant l'établi
Sylvain Jacques, fondateur de Le Temps Manufactures.

Le segment oublié des petits calibres

Ce qui distingue LTM de la plupart des motoristes, c’est sa spécialité : les mouvements de petite dimension. Montres pour femme, montres joaillières, montres d’homme au format classique : un segment mal servi, expliquait Christophe Lüthi. Les raisons sont connues : des volumes plus faibles, un assemblage complexe qui exige un personnel très qualifié, des composants difficiles à trouver et des pièces minuscules, donc fragiles. Bref, tout ce qui fait fuir un industriel pressé.

Le calibre LTM 1000 pousse la miniaturisation très loin. Ce mouvement baguette à remontage manuel, à heures et minutes, loge ses 84 composants dans un encageage de 21 x 9 mm, pour 3,5 mm de hauteur et 38 heures de réserve de marche. Il n’en sort que quelques centaines par an, facturés entre 2 000 et 3 000 CHF pièce. De quoi glisser un vrai cœur mécanique dans une montre joaillière, là où tant d’autres se contentent d’un quartz.

Le catalogue compte aussi le LTM 2000, un mouvement mécanique à remontage manuel, ainsi que les LTM 5050 (manuel, décliné en version squelette) et LTM 5150 (automatique).

Mouvement mécanique LTM 2000 à remontage manuel
Le LTM 2000, mouvement mécanique à remontage manuel.

Le virage vers les calibres ronds classiques

LTM ne s’arrête pas aux petits formats. En 2023, la maison venait de présenter un mouvement de base de 13¼ lignes, taillé pour une montre d’homme classique, y compris avec une lunette étroite. Il est pensé dès le départ pour recevoir des complications (GMT, numéro de semaine, grande date) sous forme de modules, alors en phase finale de tests. L’objectif : proposer aux marques une offre en marque blanche, c’est-à-dire fabriquer pour elles, sous leur nom, du mouvement personnalisé jusqu’à la montre complète.

LTM a aussi intégré l’Atelier d’Établissage Pecqueur Motorists, pour qui elle produit le LTM 5021, un calibre à différentiel pour double fuseau horaire. Le parc machines suit : en 2023, Europa Star recensait sept centres de tournage à commande numérique, un tour CNC et 41 centres d’usinage robotisés.

Horloger de LTM travaillant sur un module
Dans les ateliers de LTM, à Fleurier.

Un problème que beaucoup aimeraient avoir

LTM vise environ 10 000 mouvements par an, par lots de 100 pièces en moyenne. En 2023, les carnets de commandes étaient pleins jusqu’en 2024 et les délais s’allongeaient partout : jusqu’à 10 mois pour le décolletage, 8 mois pour l’empierrage. Christophe Lüthi parlait d’un problème « que beaucoup aimeraient avoir ». Un problème de riche, quoi.

Pour les marques, LTM fait bien plus que livrer un mouvement nu : pré-assemblage, montage, empierrage, polissage diamanté, perlage, colimaçonnage, côtes de Genève. Toute la chaîne de finition, prix sur demande, confidentialité absolue. Si vous voulez deviner pour qui ces calibres battent, notre sélection des meilleures marques de montres pour homme est un bon point de départ.

Ni géant industriel, ni petit atelier : LTM a choisi la taille intermédiaire, et l’indépendance. Sylvain Jacques le répète, l’entreprise est libre de choisir où elle investit, et elle réinvestit dans les meilleurs outils du marché, « parce qu’un mouvement ne laisse aucune place à l’erreur ». Pour comprendre ce qui se joue sous le cadran, notre article sur le fonctionnement d’un mouvement automatique vous mènera loin, et le portrait complet publié par Europa Star en 2023 vous donnera le reste. Le jour où les noms des clients sortiront, certains collectionneurs vont tomber de leur chaise.

Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, La Joux-Perret, Concepto, Vaucher, ValFleurier, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches, SilMach.



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