MONTRES HOMME

SilMach, le moteur en silicium qui veut faire taire le tic-tac du quartz

montre à quartz micromoteur sillicium

Ouvrez une montre à quartz, n’importe laquelle, de la Casio de votre adolescence à la Swatch qui traîne dans un tiroir. Sous le cadran, il y a presque toujours le même petit moteur : une bobine de fil de cuivre, un aimant, un stator. Il a été breveté en 1936 par un ingénieur français, Marius Lavet, et il fait avancer nos aiguilles depuis plus d’un demi-siècle. Personne n’y pense. Sauf une PME de Besançon, SilMach, qui a décidé de le mettre à la retraite avec un moteur en silicium.

J’avoue que le sujet est moins glamour qu’un tourbillon. Mais suivez-moi deux minutes, parce que c’est peut-être la seule vraie rupture technique du quartz depuis des décennies, et elle se joue en Franche-Comté.

1 | Le moteur Lavet, ce vieux serviteur

Le principe du moteur Lavet est simple : le circuit envoie une impulsion, la bobine crée un champ magnétique, l’aimant du rotor fait un pas, l’aiguille des secondes avance. Tic. Ça marche, c’est robuste, c’est d’une sobriété remarquable. Le revers, c’est qu’il s’agit d’un composant bobiné, encombrant, et magnétique par nature. Selon SilMach, il occuperait même plus de la moitié du volume d’une montre. Et un aimant dans une montre, vous l’aurez deviné, n’aime pas beaucoup les autres aimants.

Moteur pas-à-pas de type Lavet d'une montre à quartz
Le moteur pas-à-pas de type Lavet, breveté en 1936 et toujours présent dans la grande majorité des montres à quartz.

2 | Une histoire de laboratoire

SilMach n’est pas né dans un atelier d’horloger mais dans le monde de la recherche. Son fondateur, Patrice Minotti, a dirigé de 1996 à 1999 le LIMMS, un laboratoire commun au CNRS et à l’Université de Tokyo consacré aux micro-systèmes. En 2003, il crée SilMach à Besançon pour industrialiser ce qu’on appelle les MEMS, ces micro-systèmes électromécaniques gravés dans le silicium comme des puces électroniques. L’entreprise est aujourd’hui dirigée par Jean-Baptiste Carnet et Pierre-François Louvigné, et elle s’appuie sur l’écosystème bisontin des microtechniques, dont le programme Next Watch de l’institut FEMTO-ST.

Besançon, ancienne capitale de l’horlogerie française, qui reprend la main sur un composant de montre : avouez que l’histoire a du panache. Surtout quand on se souvient que la filière a pris un sacré coup avec la faillite de France Ebauches en 1994.

3 | PowerMEMS, un moteur gravé comme une puce

Le micro-moteur horloger de SilMach s’appelle PowerMEMS. Il compte cinq pièces, dont deux en silicium : le cœur et la roue. Pas de bobine ici, mais un entraînement électrostatique à peignes, avec des milliers d’actionneurs microscopiques disposés en parallèle. D’après SilMach, il est deux fois plus fin et deux fois plus petit que les meilleurs moteurs Lavet, insensible aux champs magnétiques et beaucoup moins gourmand en énergie.

Tout cela reste des chiffres de fabricant, je préfère vous le dire franchement. Ce qui est vérifiable, en revanche, c’est l’outil industriel : une ligne pilote capable de produire jusqu’à 300 000 micro-moteurs par an, pour un investissement d’environ 6 millions d’euros, dont 3,8 millions de fonds européens FEDER via la région Bourgogne-Franche-Comté (chiffres publiés en 2023 par WatchGeneration). La technologie a aussi reçu un prix de l’innovation au CES de Las Vegas en 2024.

Logo de SilMach, entreprise de micro-mécanique silicium de Besançon

4 | Timex, le partenaire qui compte

En 2017, Timex et SilMach annoncent une coentreprise pour développer et posséder ensemble des mouvements de montre à base de MEMS, destinés à Timex mais aussi à d’autres marques (aBlogtoWatch l’avait raconté à l’époque). Le géant américain prête aussi des locaux et soutient le projet. D’autres noms ont manifesté leur intérêt, comme Fossil et Garmin, mais sans partenariat annoncé à ce jour. Ne vendons pas la peau de l’ours : un intérêt n’est pas une commande.

5 | La TimeChanger, vitrine à 1 088 exemplaires

Pour montrer de quoi son moteur est capable, SilMach a lancé sa propre montre, la TimeChanger, présentée sur Kickstarter à 1 850 euros. Le chiffre de 1 088 exemplaires n’a rien d’un hasard : c’est le nombre de cœurs de moteur que l’on découpe dans une seule plaquette de silicium. Le dessin est signé Giorgio Galli, les bracelets viennent du maroquinier Jean Rousseau, et la montre est assemblée à Besançon. Son affichage est rétrograde et continu, les aiguilles glissent au lieu de sauter, et SilMach annonce plus de dix ans d’autonomie sur une seule pile CR2320. Une version dessinée avec Alain Silberstein, un chronographe rétrograde, est venue compléter l’offre.

Montre TheTimeChanger de SilMach à micro-moteur en silicium
La TimeChanger, première montre équipée d’un micro-moteur SilMach en silicium.

6 | Une PME, pas encore un géant

Gardons la tête froide. Début 2025, SilMach affichait environ 1,3 million d’euros de chiffre d’affaires pour 23 salariés, selon le Journal du Palais. L’entreprise ne vit pas que de l’horlogerie : sa gamme ChronoMEMS regroupe des capteurs qui enregistrent chocs et contraintes sans consommer d’énergie, au cœur du projet européen SAMI lancé en janvier 2025 avec SupMicrotech et l’Université Marie et Louis Pasteur. Le moteur de montre est la vitrine, pas encore le chiffre d’affaires.

Alors, faut-il guetter le PowerMEMS au poignet ? Si vous aimez le tic-tac d’un mouvement mécanique automatique, rien ne changera pour vous. Si vous portez une montre hybride ou connectée, c’est une autre histoire : un moteur plus petit, c’est de la place pour une batterie ou des capteurs. Le silicium a déjà conquis les spiraux suisses (allez voir du côté de Nivarox-FAR), il pourrait bien s’attaquer maintenant aux aiguilles du quartz. Monsieur Lavet a tenu quatre-vingt-dix ans. Ce n’est déjà pas si mal.

Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, La Joux-Perret, Concepto, Vaucher, ValFleurier, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches.



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