MONTRES HOMME

ValFleurier, la manufacture cachée du groupe Richemont

Journe tourbillon

Quand on pense aux mouvements Richemont, on pense Jaeger-LeCoultre et son statut de « Grande Maison », aux calibres Piaget ultra-fins, aux complications Cartier. On oublie un acteur qui travaille dans l’ombre et qui motorise une partie de la production du groupe : ValFleurier. Basée à Buttes, dans le Val-de-Travers, cette manufacture conçoit, développe et produit des mouvements mécaniques d’abord pour Montblanc et Panerai, et dans une moindre mesure pour IWC et Piaget. Elle a aussi fourni Baume & Mercier, qui a quitté Richemont en juillet 2026. C’est un peu le moteur industriel caché de Richemont, l’équivalent de ce qu’ETA est (ou était) pour le Swatch Group.

Manufacture ValFleurier à Buttes, dans le Val-de-Travers
La manufacture ValFleurier, à Buttes, dans le Val-de-Travers.

Naissance d’un outil de mutualisation

ValFleurier est née d’un constat simple : au sein du groupe, plusieurs marques avaient besoin de mouvements mécaniques de qualité « manufacture » sans avoir individuellement les moyens ou le volume pour les produire en interne. Le projet remonte aux années 1990, quand Richemont s’appelait encore Vendôme Luxury Group, et la manufacture est entrée en service vers 2006. Dès le départ, elle est répartie sur trois sites : la recherche et le développement à Neuchâtel, l’usinage et la production à Buttes, la finition et la décoration à La Côte-aux-Fées, dans des bâtiments occupés par Piaget. À l’époque, Europa Star comptait plus de 150 personnes, dont 25 ingénieurs, et un objectif de 20 000 mouvements par an, puis 50 000 à terme (Europa Star, 2006). Les effectifs et les volumes actuels ne sont pas publiés.

Le catalogue ValFleurier mélange développements originaux et calibres dérivés d’autres maisons du groupe. Exemple : le tourbillon ValFleurier P591, utilisé par Baume & Mercier, est en réalité un calibre 98900 d’IWC, le même qui équipe le Portugieser Tourbillon Hand-Wound. Ce type de partage de plateforme est monnaie courante dans l’automobile (la même plateforme Volkswagen sous une Audi, une Seat et une Skoda), mais reste souvent tabou en horlogerie, où l’idée de « mouvement manufacture exclusif » pèse lourd dans le discours des marques.

Tourbillon ValFleurier P591, dérivé du calibre IWC 98900
Le tourbillon ValFleurier P591, dérivé du calibre IWC 98900.

Pour qui ? Pour quoi ?

ValFleurier fournit surtout les maisons Richemont qui n’ont pas leur propre manufacture de mouvements, ou pas pour tous leurs modèles. Montblanc compte parmi ses premiers clients, en complément des mouvements Minerva réservés à ses modèles haut de gamme. Panerai aussi. Attention à ne pas tout mélanger : le calibre P.6000, lancé en 2018 pour remplacer les ETA 6497 et 6498, est développé par la manufacture Panerai de Neuchâtel elle-même.

Le cas Baume & Mercier est le plus parlant. Longtemps cantonnée aux mouvements ETA et Sellita, la marque a présenté en 2018 son calibre Baumatic, dans la Clifton : automatique, certifié COSC, 120 heures de réserve de marche, spiral en silicium. Il est produit par ValFleurier avec l’aide de l’équipe Recherche et Innovation de Richemont. Mais le 1er juillet 2026, Richemont a finalisé la vente de Baume & Mercier au groupe italien Damiani (FashionUnited). Damiani continuera-t-il à s’approvisionner à Buttes ? Rien n’a été annoncé publiquement à ce sujet.

L’existence de ValFleurier pose une question intéressante au consommateur averti : quand une marque Richemont annonce un « mouvement manufacture », s’agit-il d’un mouvement développé et produit par la marque elle-même, ou d’un calibre ValFleurier rebaptisé ? La réponse varie selon les modèles et les références, et les marques ne sont pas toujours transparentes sur ce point. Pour l’amateur de montres pour homme qui veut comprendre ce qu’il achète, c’est une information qui mérite d’être cherchée. Le même raisonnement vaut d’ailleurs chez Tudor avec Kenissi.

ValFleurier ne sera jamais un nom grand public. Mais pour quiconque s’intéresse à la réalité industrielle derrière les discours des grandes marques, c’est un acteur important du paysage horloger. Le prochain Montblanc ou Panerai que vous essaierez en boutique a de bonnes chances d’embarquer un cœur mécanique né à Buttes, dans le Val-de-Travers.

Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, La Joux-Perret, Concepto, Vaucher, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches, SilMach.



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