Avril 2026, Corum relance son Admiral avec un calibre maison. Première question de l’amateur : qui l’a fait ? Pas Sellita, pas ETA, pas Kenissi. La réponse s’appelle Concepto, une manufacture de La Chaux-de-Fonds dont le nom n’apparaît presque jamais sur un cadran. Elle fête pourtant ses vingt ans en 2026, livre une trentaine de milliers de mouvements par an et travaille pour plus d’une centaine de marques. Discrète, donc, mais certainement pas petite.
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Une histoire de famille à La Chaux-de-Fonds
Concepto, c’est d’abord Valérien Jaquet. Micromécanicien de formation, il crée un bureau d’études en 2006, commence à produire ses propres composants l’année suivante, et dirige toujours l’entreprise aujourd’hui. Selon Europa Star, la holding Concepto Watch Factory appartient entièrement à Valérien Jaquet et à ses deux sœurs.
Le nom de famille ne vous est pas inconnu si vous suivez notre série. Son père, Jean-Pierre Jaquet, avait fondé à La Chaux-de-Fonds Jaquet SA, la société qui allait devenir La Joux-Perret, aujourd’hui propriété du groupe Citizen. C’est lui qui a aidé son fils à monter l’outil de production de Concepto, et il le conseille encore. Deux motoristes chaux-de-fonniers, une même famille à l’origine, et deux entreprises sans aucun lien capitalistique : à La Chaux-de-Fonds, l’horlogerie reste un petit monde.
Le premier calibre maison est un tourbillon, le C8000. Drôle de façon de commencer, me direz-vous, mais elle annonce la couleur. Suit en 2008 la famille C2000, dont le chronographe C2020, pensée pour accueillir des modules additionnels. La même année, l’entreprise s’installe dans le bâtiment industriel de 7 500 m² qu’elle occupe toujours, à la périphérie de la ville.
Spiraux maison et intégration verticale
Voilà ce qui distingue Concepto de la plupart de ses concurrents. Dans une industrie où l’essentiel des spiraux suisses sort de chez Nivarox-FAR, filiale du Swatch Group, Concepto fabrique les siens. Depuis 2012, elle produit ses assortiments complets (spiral, balancier, ancre, roue d’échappement) avec des alliages et des machines développés en interne. Pour un motoriste indépendant, c’est rare, et c’est surtout une assurance contre les ruptures d’approvisionnement.
Le groupe est organisé en petites unités qui portent chacune un métier : Artisia pour l’assemblage, Décoparts pour le décolletage et le taillage, Optimo Assortments pour les organes réglants, Micro-ACE pour le prototypage, Arts Design Manufacture pour la décoration. Du plan 3D à la décoration, presque tout se fait sous le même toit.

Trente mille mouvements et une centaine de marques
Pour ses vingt ans, Concepto a donné des chiffres à SJX : 183 salariés, dont 30 horlogers et six prototypistes, environ 30 000 mouvements livrés sur l’année écoulée, dont près de 1 100 tourbillons, une dizaine de nouveaux calibres par an et un chiffre d’affaires de plus de 60 millions de francs suisses. Mille cent tourbillons par an. Je vous laisse relire ce chiffre.
Côté clients, Concepto en revendique plus de cent. Parmi les noms cités publiquement, on trouve Bulgari, Jacob & Co., Bugatti, Louis Vuitton, Ressence, Hublot, Louis Moinet, Dior, Breitling ou Porsche Design. Le catalogue va du calibre de série à la grande complication, jusqu’à la minute à répétition tourbillon à remontage manuel 08600.
Le CO231, un calibre pour la relance de Corum
Le 5 mai 2025, Corum repasse en mains suisses grâce à un rachat par la direction mené par Haso Mehmedovic, aujourd’hui président et directeur général, avec des investisseurs suisses. Un an plus tard, en avril 2026, la nouvelle Admiral arrive avec le calibre CO231, développé avec Concepto, voisin et partenaire de longue date de la marque à La Chaux-de-Fonds.
Sur le papier, le CO231 est un automatique à 4 Hz (28 800 alternances par heure) avec environ 72 heures de réserve de marche, stop-seconde et date rapide. Ce qui le rend singulier, c’est son balancier placé à 12 heures, une disposition rarissime aujourd’hui. Dans la version squelette en titane, le CO232, le barillet est à 6 heures et l’échappement à 12 heures, ce qui donne au mouvement une lecture verticale qui rappelle le Golden Bridge, le célèbre calibre baguette de Corum. La masse oscillante, de teinte dorée, porte un contrepoids en tungstène.

Côté prix, l’Admiral 36 mm démarre à 6 900 francs suisses. En 39 mm, comptez 10 900 francs pour l’acier, 19 500 francs pour la squelette en titane et 33 000 francs pour l’or rose. Ce n’est pas donné, mais un calibre propriétaire à ce niveau de prix, avec un balancier à midi, ça ne court pas les rues.
Mon avis
Concepto, c’est le contraire du motoriste de catalogue que l’on choisit parce qu’il est compatible avec tout le monde. On y va pour un calibre qui n’existe nulle part ailleurs, ou pour un tourbillon qu’on n’a pas les moyens de développer seul. Ma seule réserve : la maison communique peu, et il faut souvent gratter pour savoir quelle montre elle équipe.
Pour l’amateur de montres pour homme qui veut comprendre ce qui bat sous le cadran, c’est un nom à retenir. La prochaine fois que vous verrez une Corum Admiral en vitrine, souvenez-vous que son mouvement n’a pas fait un long voyage.
Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, La Joux-Perret, Vaucher, ValFleurier, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches, SilMach.




