MONTRES HOMME

France Ebauches, le retour du mouvement mécanique français

montre baubleu avec une armature ferance ébauches

Début 1994, France Ebauches dépose le bilan et L’Impartial, le quotidien de La Chaux-de-Fonds, parle de « la fin de l’horlogerie française ». Rien que ça. Près de trente ans plus tard, en avril 2023, le groupe Festina annonce depuis Maîche, dans le Haut-Doubs, le retour de deux mouvements mécaniques automatiques fabriqués en France. Après Sellita, Kenissi ou Miyota, notre série sur les motoristes horlogers fait donc un détour par la France. Et franchement, ce n’est pas tous les jours qu’on peut écrire « calibre français » sans ajouter « autrefois ».

Vingt millions de mouvements, puis plus rien

France Ebauches naît en 1967 de la fusion de plusieurs fabricants d’ébauches français. Les Suisses ne sont pas loin : Ebauches SA, la future ETA, détient 30 % du capital jusqu’en 1987 et lui transfère une partie de sa technologie. Le vent tourne vite. En 1980, l’entreprise se tourne vers Seiko et produit du quartz sous licence japonaise, au moment où toute l’industrie se demande si la montre mécanique a encore un avenir.

La suite ressemble à un manuel de stratégie à l’envers. En 1985, une coentreprise avec le groupe indien Tata donne naissance à une usine à Bangalore qui sortira jusqu’à cinq millions de mouvements et de montres à quartz par an… sous la marque Titan, qui prospère très bien sans sa mère française. Une grande usine ouvre aussi à Zhuhai, en Chine, où la guerre des prix avec les Japonais fait rage. Résultat : France Ebauches passe d’environ 20 millions de mouvements en 1991 à 10 millions en 1993, et la faillite tombe au début de l’année suivante.

Un détail que j’adore, parce qu’il en dit long sur ce qu’on a perdu : dans les années 1980, France Ebauches possédait aussi Spiraux Français, qui fabriquait jusqu’à 40 millions de spiraux par an avant sa liquidation. Quarante millions. Quand on sait que le spiral est aujourd’hui le composant que l’essentiel de l’horlogerie suisse achète chez Nivarox-FAR, on mesure le gâchis.

L’intermède Technotime

Selon Europa Star, une nouvelle entité, Technotime, sort des cendres de France Ebauches en 2001 avec une ambition folle : devenir une manufacture complète de mouvements mécaniques à l’échelle industrielle. En 2007, elle dévoile une famille de calibres de 13¼ lignes à deux barillets, 120 heures de réserve de marche et 28 800 alternances par heure. Les prix annoncés vont de 400 à 800 francs suisses pour les versions manuelles et automatiques, et de 12 000 à 18 000 francs pour le tourbillon. L’aventure ne dure pas, et en 2017 c’est France Ebauches qui change à nouveau de mains pour rejoindre le groupe Festina, déjà propriétaire du motoriste Soprod.

2023, le retour du mécanique à Maîche

Sous Festina, l’usine de Maîche commence par fabriquer des composants pour les marques du groupe. Puis, en avril 2023, l’annonce tombe : France Ebauches relance des mouvements mécaniques français. Festina détient la propriété intellectuelle des anciens calibres de la famille 4600-5600, et c’est là que la maison est allée chercher sa base, les FE 5601 et FE 5611 produits dans le dernier quart du XXe siècle. Architecture et finitions ont été retravaillées, et la famille peut se décliner en remontage manuel ou automatique, avec ou sans date, avec des versions plus fines prévues.

Les deux premiers calibres présentés sont automatiques. Ils battent à 4 Hz (28 800 alternances par heure), affichent heures, minutes et secondes, et tiennent 44 heures de réserve de marche. Rien de révolutionnaire sur le papier, je vous l’accorde. Mais pour un mouvement d’entrée de gamme, c’est dans les clous du marché.

Schéma du fonctionnement d'un mouvement de montre automatique
Le principe d’un mouvement automatique, en schéma. Pour le détail, voyez notre article sur le fonctionnement d’un mouvement automatique.

Adieu les côtes de Genève, bonjour le nid d’abeille

C’est le détail qui m’a fait sourire. Plutôt que les traditionnelles côtes de Genève, France Ebauches a choisi un motif en nid d’abeille rhodié, visible sur la platine à travers le fond saphir. Le rotor est en acier bleui, décor soleillé. Côté robustesse, on trouve un antichoc Incabloc double cône et un pont de balancier traversant, évidé pour laisser voir l’organe réglant. Une façon élégante de dire « nous ne sommes pas suisses » sans le dire.

Montre Charlie à balancier visible côté cadran, style open heart
Une montre de la marque française Charlie, au balancier visible côté cadran.

Français, mais pas encore à 100 %

Soyons honnêtes, puisque la question du « made in France » mérite mieux qu’un slogan. Les platines, les ponts et les masses oscillantes sont produits à Maîche, et portent d’ailleurs encore le poinçon Soprod, principal motoriste d’un groupe Festina qui vend cinq millions de montres par an à travers ses huit marques. Les spiraux, les balanciers, les ancres et les roues d’échappement viennent des sociétés sœurs du Jura suisse, juste de l’autre côté de la frontière. L’objectif affiché à court et moyen terme : 70 % de la valeur des composants fabriquée en France.

Est-ce gênant ? Pas pour moi. Ce qui compte, c’est que le chiffre soit dit clairement, et il l’est.

Les premiers clients et le prix

Sans surprise, les premiers clients sont français. Festina d’abord, avec une exécution spéciale pour la montre de son 120e anniversaire. Pierre Lannier, en Alsace, pour sa 1977 Collection lancée en 2024. Puis des marques plus jeunes comme Akrone, Apose ou Carzo & Lieutier. En 2023, le prix de départ annoncé était de 155 euros pour une finition standard, de quoi intéresser toutes les petites marques qui montent leurs montres avec un calibre suisse d’entrée de gamme comme le Sellita SW200.

Mouvement automatique Sellita SW200
Le Sellita SW200, le calibre suisse que les mouvements France Ebauches viennent chatouiller.

Mon avis

Une montre française à quelques centaines d’euros équipée d’un calibre français, c’est un argument que les Suisses ne pourront jamais vous servir. Si vous hésitez entre deux montres de même niveau, l’une avec un mouvement suisse générique, l’autre avec un France Ebauches, je pencherais pour la seconde. Pas par chauvinisme (enfin, un peu quand même), mais parce qu’acheter un mouvement, c’est aussi voter pour une filière. Et celle de Maîche, de Morteau et de Besançon a déjà frôlé l’extinction une fois.

Pour trouver une montre à petit prix qui tient la route, notre sélection des meilleures montres pour homme de 100 à 200 € est un bon point de départ. Et la prochaine fois que vous lirez une fiche technique de marque française, cherchez la ligne « mouvement ». Si vous y lisez France Ebauches, vous saurez d’où il vient.

Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, La Joux-Perret, Concepto, Vaucher, ValFleurier, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, SilMach.



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