MONTRES HOMME

La Joux-Perret, le motoriste suisse du groupe Citizen

calibre Lajoux Perret prés

Ouvrez le fond d’une M.A.D.1S de MB&F, d’une Furlan Marri ou d’une anOrdain Model 1, et vous risquez de tomber sur le même nom : La Joux-Perret. Ce motoriste de La Chaux-de-Fonds, propriété du groupe japonais Citizen depuis 2012, est l’une des belles histoires récentes de la sous-traitance horlogère suisse. En quelques années, il est passé d’une gamme dispersée à une offre claire, a gagné la confiance de nombreuses marques, et a vu LVMH entrer à son capital fin 2025. Après Miyota, l’autre motoriste du groupe Citizen, il était temps de traverser la frontière.

De Jaquet SA au groupe Citizen

L’entreprise s’appelle d’abord Jaquet SA, du nom de Jean-Pierre Jaquet, qui la fonde à La Chaux-de-Fonds et en fait un fournisseur de mouvements finis et de complications pour des marques comme Franck Muller ou Girard-Perregaux. En 2001, Frédéric Wenger et d’autres investisseurs la rachètent. Après les ennuis judiciaires de Jean-Pierre Jaquet, en 2003, la société change de nom et devient La Joux-Perret. Petite parenthèse familiale : son fils, Valérien Jaquet, fondera en 2006 un autre motoriste chaux-de-fonnier, Concepto, sans aucun lien capitalistique avec La Joux-Perret.

En 2012, une partie des investisseurs souhaite récupérer sa mise. Citizen rachète alors la holding Prothor, qui réunit La Joux-Perret, le fabricant de composants Prototec et la marque Arnold & Son. Montant rapporté à l’époque : environ 65 millions de francs suisses, pour un chiffre d’affaires de l’ordre de 40 millions et quelque 150 salariés. L’attelage dure, et Citizen reste aujourd’hui l’actionnaire majoritaire.

2020, l’heure du recentrage

Jean-Claude Eggen prend la direction en 2020, en plein Covid. Il vient du Swatch Group, où il a notamment occupé des postes de direction chez ETA. À son arrivée, La Joux-Perret compte 90 personnes, et le catalogue s’est dispersé : il y avait par exemple quinze versions d’un chronographe sur base Sellita ou ETA. Il fait un choix simple, presque brutal : moins de références, des calibres maison, et un argument technique clair pour chacun.

Le pari paie vite. Dans un entretien à Europa Star en 2023, Eggen annonçait des carnets de commandes pleins jusqu’à mi-2024 et un chiffre d’affaires d’avril-mai en hausse de 226 % sur un an. Six ans après son arrivée, il passe la main : depuis le 1er avril 2026, la manufacture est dirigée par Cyrille Chatel, passé par Cartier et TAG Heuer, arrivé en 2024 comme directeur des opérations. Jean-Claude Eggen reste au conseil d’administration, et La Joux-Perret emploie aujourd’hui environ 130 personnes.

Jean-Claude Eggen, ancien directeur général de La Joux-Perret
Jean-Claude Eggen, directeur général de 2020 à 2026, aujourd’hui membre du conseil d’administration.

Le G100, ou la réserve de marche comme argument

Pour Eggen, la réserve de marche était le terrain où se faire remarquer. Le G100 en est la démonstration : un automatique trois aiguilles avec date, compatible avec l’ETA 2824 et le Sellita SW200, mais avec 68 heures de réserve de marche. Il mesure 25,6 mm de diamètre (11½ lignes) pour 4,45 mm d’épaisseur, compte 24 rubis et bat à 28 800 alternances par heure. Sa variante sans date s’appelle G101.

Le lien avec Citizen se voit à l’œil nu. Selon Time+Tide, la disposition du balancier, des ponts et des rubis du G100 rappelle celle du Miyota 9015, avec des finitions plus poussées. C’est assumé, et c’est plutôt une bonne nouvelle : le 9015 a la réputation d’un calibre solide, et le G100 en reprend la logique avec une fabrication suisse. Le mouvement existe en plusieurs grades de réglage, du Standard au Soigné, ce dernier étant réglé en quatre positions.

Mouvement automatique G100 de La Joux-Perret
Le G100, automatique de 68 heures de réserve de marche, compatible avec l’ETA 2824 et le Sellita SW200.

G200, L100 et tourbillons

Au-dessus du G100, Europa Star présentait en 2023 le G200 : 70 heures de réserve de marche, une précision annoncée de +1/-3 secondes par jour, et un prix de 350 francs suisses, dans la même zone tarifaire que les calibres Kenissi. Pour un mouvement de série, +1/-3, c’est une promesse de chronomètre.

Le L100, lui, est un chronographe automatique à roue à colonnes de 60 heures de réserve de marche, aux dimensions compatibles avec l’ETA 7750 et le Sellita SW500A. Il mesure 30 mm de diamètre pour 7,9 mm d’épaisseur et se décline en une douzaine de variantes. Au sommet du catalogue, La Joux-Perret fabrique aussi des tourbillons, achetés par des marques de prestige.

Mouvement chronographe automatique L100 de La Joux-Perret
Le L100, chronographe automatique à roue à colonnes, compatible avec l’ETA 7750.

Qui l’utilise ?

La liste est longue et assez réjouissante. MB&F a choisi le G101 pour sa M.A.D.1S, lancée en 2024, la version plus fine et suisse de sa montre « accessible ». Furlan Marri l’utilise dans sa 2116-A, anOrdain le propose en option sur sa Model 1, Zelos l’a monté en grade Soigné dans sa Spearfish, et Fortis a co-développé avec La Joux-Perret son calibre WERK 17. Frédérique Constant, maison sœur au sein du groupe Citizen, a bâti son FC-391 sur le L100 pour la Highlife Chronograph. Et bien sûr, les marques du groupe, Arnold & Son et Angelus, dont les équipes de création grandissent elles aussi.

Côté français, La Joux-Perret a noué fin 2021 un partenariat avec Humbert-Droz, à Besançon, qui assemble le G100 à partir des composants suisses, collage du spiral compris. March LA.B a rejoint l’aventure, et Lip a annoncé la renaissance de sa T18 à remontage manuel avec des composants La Joux-Perret assemblés par Humbert-Droz. Une façon intelligente de parler aux marques françaises, qui n’ont pas toujours envie de passer par la Suisse pour tout.

Le quartz solaire, et l’arrivée de LVMH

Un détail que peu de gens connaissent : La Joux-Perret ne fait pas que du mécanique. Avec Citizen, l’inventeur de l’Eco-Drive, elle a développé un mouvement à quartz solaire qui équipe depuis 2022 les TAG Heuer Aquaracer Professional 200 Solargraph et certaines Formula 1. Une montre TAG Heuer à cadran solaire dont le moteur sort de La Chaux-de-Fonds, avouez que c’est savoureux.

C’est précisément ce savoir-faire qui a mené à l’étape suivante. Le 12 novembre 2025, la division Montres de LVMH a annoncé une prise de participation minoritaire dans La Joux-Perret, dont le montant n’a pas été communiqué. LVMH siège désormais au conseil d’administration aux côtés de Citizen, qui reste majoritaire, et le groupe français a précisé que la manufacture resterait pleinement indépendante, rapporte Monochrome.

Mon avis ? Quand vous voyez « mouvement La Joux-Perret » sur une fiche produit, c’est un bon signe. Si vous hésitez entre deux montres à prix proche, l’une en SW200 et l’autre en G100, prenez celle en G100 : la réserve de marche fait toute la différence le lundi matin, quand la montre est restée sur la commode tout le week-end. Pour comprendre ce qui se passe sous le fond, notre article sur le fonctionnement d’un mouvement automatique vous dira tout.

Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, Concepto, Vaucher, ValFleurier, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches, SilMach.



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