MONTRES HOMME

Seiko Instruments, le motoriste derrière le NH35 et les calibres Seiko

grand seiko spring drive

Retournez une montre de microbrand à 300 euros, ouvrez le fond saphir du regard, et lisez ce qui est gravé sur le rotor. Une fois sur deux, vous tomberez sur trois lettres et deux chiffres : NH35. Ce petit calibre automatique japonais fait tourner une quantité de montres dont les marques ne vous diront pas toujours d’où il vient. Moi je vous le dis : il sort de la galaxie Seiko, et plus précisément de Seiko Instruments, la société qu’on appelle SII.

Calibre automatique Seiko NH35
Le NH35, calibre automatique vendu par Seiko aux marques tierces.

1 | Qui fabrique quoi chez Seiko ?

Chez Seiko, la question « qui fait quoi » mérite un petit organigramme. SII est née en 1937 sous le nom de Daini Seikosha, « le deuxième atelier » Seiko, à Tokyo. Elle est devenue une filiale à 100 % de Seiko Holdings en 2009, groupe rebaptisé Seiko Group Corporation en 2022. Et depuis le 1er avril 2020, l’activité montres de SII, y compris la manufacture Morioka Seiko Instruments, a été transférée à Seiko Watch Corporation (source).

Il y a ensuite un troisième acteur, et c’est lui qui intéresse les petites marques : Time Module. C’est la structure qui vend les calibres Seiko aux marques extérieures, depuis Hong Kong, avec un catalogue public (mécaniques NH, quartz VK, VD, VH, PC…) et une présence sur les salons, du Windup Watch Fair de New York à Inhorgenta à Munich (Time Module). Autrement dit, rien de caché : la vente aux tiers est officielle, organisée et assumée.

Pour être complet, une partie de l’horlogerie Seiko ne passe pas du tout par SII. Le Spring Drive et les quartz Grand Seiko sont fabriqués chez Seiko Epson, au Shinshu Watch Studio de Shiojiri, dans la préfecture de Nagano. Les Grand Seiko mécaniques, elles, naissent au Grand Seiko Studio Shizukuishi, dans la préfecture d’Iwate.

Grand Seiko Studio Shizukuishi, atelier des Grand Seiko mécaniques
Le Grand Seiko Studio Shizukuishi, dans la préfecture d’Iwate, où sont fabriquées les Grand Seiko mécaniques.

2 | Le NH35, cheval de trait des microbrands

Sur le papier, le NH35 n’a rien d’extraordinaire, et c’est justement ce qui fait sa force. Automatique, 24 rubis, 21 600 alternances/heure, 41 heures de réserve de marche, 27,4 mm de diamètre pour 5,32 mm d’épaisseur, date, stop-seconde et remontage manuel. La précision annoncée par Time Module est de -20 à +40 secondes par jour. C’est en gros la version sans marque du 4R35 que Seiko monte dans ses propres montres, et il est apparu sur le marché au début des années 2010.

Attention à une idée reçue : le NH35 n’entre pas dans un boîtier prévu pour un ETA 2824 (25,6 mm) ou un Miyota 8215 (26 mm). Avec ses 27,4 mm, il demande ses propres boîtiers, et c’est d’ailleurs ce qui a fait naître tout un écosystème de pièces « compatibles NH35 » chez les fabricants de boîtiers et les amateurs de « Seiko mods ».

Face au Miyota 8215 de Citizen, autre grand classique de l’automatique japonais abordable, chacun a ses arguments. Le NH35 a le stop-seconde, que le 8215 n’a pas. Le 8215 est un peu plus compact et s’appuie sur une réputation de robustesse bâtie depuis des décennies, et Miyota propose le stop-seconde sur sa série 9 (le 9015 par exemple). Si le sujet vous intéresse, nous avons consacré une fiche complète à Miyota. Mon avis : pour une première montre mécanique sous 300 euros, l’un comme l’autre fera très bien l’affaire, regardez plutôt le boîtier et le cadran.

3 | La famille 6R, le milieu de gamme

Un cran au-dessus, on trouve la famille 6R, réservée aux montres Seiko. Son représentant le plus connu, le 6R35, est apparu en 2019 : 24 rubis, 21 600 alternances/heure, environ 70 heures de réserve de marche et une précision annoncée de +25 à -15 secondes par jour selon la notice Seiko. Il équipe une bonne partie des Presage et des Prospex automatiques. Soixante-dix heures, c’est un week-end entier posé sur la table de nuit sans que la montre s’arrête. Pour comparaison, les calibres Kenissi de Tudor annoncent aussi environ 70 heures, pour un tout autre prix.

Le 6R31, lancé en 2021, reprend ces 70 heures pour les King Seiko et certaines Presage. Le 6R27, avec date à aiguille et indicateur de réserve de marche, n’est plus produit depuis 2016.

Calibre automatique Seiko 6R35
Le 6R35, calibre automatique de 70 heures de réserve de marche des Presage et Prospex.

4 | Grand Seiko, l’autre bout du spectre

Tout en haut, le calibre 9SA5 de Grand Seiko, présenté en 2020, bat à 36 000 alternances/heure avec 80 heures de réserve de marche. Il reçoit un échappement à double impulsion développé en interne, dont les pièces sont fabriquées par MEMS, et un balancier à spiral libre (communiqué Grand Seiko). Je ne connais pas beaucoup de groupes capables d’aller du NH35 vendu en vrac aux marques tierces jusqu’à ce genre de calibre. Pour l’histoire de la maison, lisez notre dossier Grand Seiko.

Et puis il y a le Spring Drive, l’ovni maison. Imaginé dès 1977 par l’ingénieur Yoshikazu Akahane, commercialisé en 1999 après plus de six cents prototypes, il garde un barillet et un rotor comme un automatique classique, mais confie la régulation à un oscillateur à quartz et à un frein électromagnétique. Résultat : une trotteuse qui glisse sans le moindre à-coup, une précision de ±15 secondes par mois sur les calibres standard (environ ±1 seconde par jour), et pas de pile. Il est fabriqué chez Seiko Epson, à Shiojiri.

Mouvement Grand Seiko Spring Drive
Un mouvement Spring Drive de Grand Seiko, fabriqué au Shinshu Watch Studio de Shiojiri.

5 | Ce qu’il faut en retenir

Le NH35 est au monde des microbrands ce que le SW200 de Sellita est à l’horlogerie suisse : un standard, pas une star. Il ne vous fera pas rêver, il vous donnera l’heure sans faire d’histoires, et n’importe quel horloger saura le réviser. Ma règle est simple : sous 300 euros, un NH35 bien emboîté vaut mieux qu’un mouvement suisse d’entrée de gamme dans un boîtier bancal. Au-delà, regardez du côté des 6R. Et si vous cherchez d’autres pistes, notre sélection de montres mécaniques accessibles et notre histoire de Seiko sont là pour ça.

Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, La Joux-Perret, Concepto, Vaucher, ValFleurier, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches, SilMach.



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