Il existe à Fleurier, dans le Val-de-Travers neuchâtelois, une manufacture dont les mouvements battent dans quelques-unes des montres les plus désirables du moment, et dont le nom n’apparaît presque jamais sur un cadran. Vaucher Manufacture Fleurier, VMF pour les initiés, fournit Parmigiani, Hermès, Richard Mille, Audemars Piguet et une petite cohorte d’indépendants. Après Kenissi, Miyota et Schwarz Etienne, notre série consacrée aux motoristes horlogers monte d’un étage. Ici, on ne parle plus de volumes industriels mais de micro-rotors de 2,6 mm et de chronographes intégrés.

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De l’atelier de Michel Parmigiani à la manufacture autonome
Tout commence avec un restaurateur. Au milieu des années 1970, Michel Parmigiani ouvre son atelier dans le Val-de-Travers et se fait un nom en remettant en marche des pièces anciennes que d’autres jugeaient perdues. Parmi ses clients, la Fondation de Famille Sandoz, héritière de la dynastie pharmaceutique bâloise, qui lui confie l’entretien de sa collection d’horlogerie ancienne. La fondation finit par entrer au capital de sa maison en 1995, et la marque Parmigiani Fleurier présente ses premières montres l’année suivante.
Commence alors une patiente reconstitution de filière. En quelques années, la fondation rassemble autour de Parmigiani de quoi produire une montre presque entière : Atokalpa pour les organes réglants et l’échappement, Les Artisans Boîtiers pour les boîtes, Elwin pour le décolletage de précision, Quadrance & Habillage pour les cadrans. Au centre du dispositif, l’atelier de mouvements devient en 2003 une société à part entière, Vaucher Manufacture Fleurier, libre de travailler pour d’autres marques. On ne fabrique chez eux ni les rubis, ni les glaces, ni les ressorts de barillet, mais à peu près tout le reste.

Sandoz, Hermès et la vente qui n’a pas eu lieu
En 2006, Hermès prend 25 % du capital de Vaucher, la Fondation de Famille Sandoz gardant la main sur le reste. Pour la maison du faubourg Saint-Honoré, c’est une manière élégante de s’assurer un accès à des mouvements de haute facture sans bâtir sa propre manufacture ex nihilo. Pour Vaucher, c’est un client de poids et une caution.
Le tableau a bien failli changer. En février 2024, le magazine suisse Bilanz révélait que la fondation cherchait un acquéreur pour son pôle horloger, Vaucher compris, et le nom d’Hermès circulait avec insistance. Fin juin 2025, volte-face : la fondation a annoncé qu’elle gardait l’ensemble, la structure juridique historique du pôle ne permettant pas une cession aux conditions du marché. Hermès conserve ses 25 %, qu’il pourrait augmenter sous certaines conditions selon Le Temps. Fin du feuilleton, du moins pour l’instant, et c’est plutôt une bonne nouvelle pour les indépendants qui dépendent de Fleurier.
Côté chiffres, Vaucher reste discret : la manufacture ne publie pas ses volumes, que la presse spécialisée qualifie de modestes à l’échelle de l’industrie suisse. Une goutte d’eau face aux millions de calibres des motoristes industriels, mais un volume considérable à ce niveau de finition.
Les calibres : du 3000 au 5500
La série 3000, la base automatique
Mouvements automatiques à rotor central de 10½ ou 11½ lignes, battant à 28 800 alternances par heure, avec ou sans date. Si le mot « base » vous semble déplacé pour un calibre anglé et décoré de côtes de Genève, vous avez raison. C’est pourtant sur le VMF 3000 que repose le calibre 5800 de la Royal Oak automatique 34 mm d’Audemars Piguet, ce qui en dit long sur son niveau.
Les micro-rotors 5400 et 5500, la signature maison
Le grand succès de Vaucher, c’est son micro-rotor extra-plat de 13¼ lignes (30 mm), battant à 21 600 alternances par heure et épais de 2,6 mm. Parmigiani en a tiré son calibre PF703, qui anime notamment la Tonda PF Micro-Rotor, et le H1950 de la Slim d’Hermès est lui aussi un micro-rotor développé à Fleurier. Le micro-rotor, logé dans l’épaisseur du mouvement plutôt que par-dessus, permet des montres automatiques d’une finesse de montre à remontage manuel. Pour comprendre la mécanique en jeu, notre article sur le fonctionnement d’un mouvement automatique pose les bases.
Annoncé en mai 2026 et montré au salon EPHJ de Genève en juin, son successeur s’appelle VMF 5500. Mêmes 30 mm, mêmes points de fixation et même hauteur de tige, pour que les clients puissent l’intégrer sans redessiner leurs boîtes, même 2,6 mm d’épaisseur sans date (3 mm avec), mais une réserve de marche portée de 45 à 65 heures. La manufacture le certifie pour dix ans et le garantit huit. Il est proposé à partir de 25 pièces, avec personnalisation des ponts et de la masse.

Chronographes et tourbillons
Plus haut dans le catalogue, le chronographe intégré VMF 6710 sert de base à des pièces aussi différentes que la Richard Mille RM 65-01, dont le calibre RMAC4 en dérive, et le chronographe Faubourg de Cracovie de Czapek, dont nous avions suivi par ailleurs le passage au titane. Richard Mille, dont nous avons retracé l’histoire complète, illustre bien la relation : la marque reprend un calibre Vaucher et le transforme au point de le rendre méconnaissable.
Au sommet, les tourbillons (VMF 3024 automatique, VMF 5430) montrent l’étendue du savoir-faire de la maison. Développer seul un calibre de ce niveau demande des années et des moyens que peu de marques possèdent. On comprend pourquoi tant d’entre elles préfèrent frapper à la porte de Fleurier.

Qui porte du Vaucher sans le savoir
La liste des clients publiquement identifiés a de quoi faire rêver un directeur commercial. Parmigiani Fleurier, bien sûr, pour l’essentiel de ses calibres. Hermès, dont les mouvements maison comme le H1950 de la Slim ou les H1837 et H1912 présentés en 2012 sont nés de ce partenariat ; l’Arceau Le Temps Voyageur associe d’ailleurs ce H1837 à un module signé Chronode, et notre article sur la H08 Squelette montre ce que donne un mouvement Hermès mis à nu. Audemars Piguet pour certaines Royal Oak, Richard Mille, Czapek, Gerald Charles depuis sa Maestro 2.0, et des noms comme TAG Heuer ou Urwerk cités par la presse spécialisée.
Ce qui frappe, c’est l’éventail, de la grande maison familiale à l’indépendant qui livre quelques dizaines de pièces par an. Vaucher est devenu la réponse naturelle pour une marque qui veut du haut de gamme, un calibre crédible face aux collectionneurs, et n’a ni les dix ans ni les dizaines de millions nécessaires pour bâtir sa propre manufacture. Plusieurs des maisons de notre sélection des meilleurs horlogers indépendants sont passées par là.
Private Label : la montre clé en main
Depuis 2013, Vaucher propose une offre baptisée VMF Private Label. Le principe : une marque peut commander un mouvement personnalisé (ponts, finitions, traitements), mais aussi s’appuyer sur les sociétés sœurs pour le boîtier et le cadran, jusqu’à une montre complète assemblée et contrôlée. C’est, en haute horlogerie, l’équivalent de ce que Sellita offre au segment de masse : un écosystème complet pour ceux qui ne peuvent pas tout produire eux-mêmes. À une différence de taille près, le prix, que Vaucher ne publie pas et qui se situe évidemment dans une autre galaxie.
Gerald Charles en offre un bon exemple. La Maestro 2.0 Ultra-Thin de la marque fondée par Gérald Genta en 2000 repose sur le GCA 3002, un automatique extra-plat signé Vaucher, doté de 50 heures de réserve de marche. Le genre de calibre qui fait changer une marque de catégorie aux yeux des amateurs.

Pourquoi ce nom compte
On pourrait résumer Vaucher d’une formule : c’est le Kenissi de la haute horlogerie, sauf qu’il était là bien avant. Quand vous lisez « mouvement manufacture » sur la fiche d’une montre à 20 000 euros, il vaut la peine de gratter un peu. Il arrive souvent que la réponse soit à Fleurier, et ce n’est pas un défaut : c’est une garantie. Pour l’amateur de montres pour homme qui s’intéresse à ce qui bat sous le cadran, Vaucher fait partie des noms à connaître, au même titre que les grandes marques qu’il équipe dans l’ombre.
Où voir ces montres
Parmigiani et Richard Mille se découvrent surtout dans leurs boutiques et chez leurs concessionnaires. Pour les montres Hermès équipées de calibres développés avec Vaucher, Frojo, horloger-joaillier marseillais qui distribue la maison, en propose plusieurs en ligne, prix affichés. Trois modèles pour mettre un peu de Fleurier à son poignet, du plus accessible au plus spectaculaire :
HERMÈS
Cape Cod Grand Modèle automatique
La Cape Cod en version mécanique, avec le H1912, petit frère du H1837 né de la même collaboration avec Vaucher. La porte d’entrée la plus douce vers Fleurier.
Automatique H1912, 37 mm, fond saphir
3 500 €
HERMÈS
H08
Le coussin sportif d’Hermès, animé par le calibre manufacture H1837 développé avec Vaucher. Une façon élégante de porter du Fleurier sans le crier sur les toits.
Automatique H1837, boîtier coussin, date
7 100 €
HERMÈS
H08 Squelette
La nouveauté de 2026 : le calibre H1978S, dérivé de la nouvelle famille 4100 de Vaucher, entièrement ajouré sous un boîtier en titane traité DLC.
Automatique H1978S, titane DLC, coussin de 39 mm, lunette céramique
20 000 €
Article mis à jour en octobre 2026.
Les autres motoristes de la série : Nivarox-FAR, Sellita, Kenissi, Miyota, Seiko Instruments, La Joux-Perret, Concepto, ValFleurier, LTM, Dubois Dépraz, Agenhor, Le Cercle des Horlogers, Chronode, Schwarz Etienne, France Ebauches, SilMach.




