MONTRES HOMME

Citizen Eco-Drive : 50 ans d’iNovations

Quinze secondes par mois, c’est la précision qu’annonçait Citizen en 1976 pour la Crystron Solar Cell : la première montre à aiguilles alimentée par la lumière. C’est aussi, au chiffre près, celle de la PHOTON, la montre qui fête cette année les 50 ans de la technologie Eco-Drive. Cinquante ans de recherche pour ne pas gagner une seule seconde ? Pardon, mais non !! La précision n’a jamais été le sujet. La Crystron s’arrêtait au bout d’un jour ou deux dans un tiroir. La PHOTON tient un an dans le noir complet. Tout ce qui s’est passé entre les deux, c’est l’histoire que je vous raconte ici.

Vous le savez si vous me lisez depuis longtemps, ma préférence va d’ordinaire aux montres mécaniques. L’Eco-Drive est l’exception que je défends volontiers, et je vais vous expliquer pourquoi.

Sur cette page

1973, l’essence manque

D’où vient l’idée

Cacher le soleil

De 1976 à 2002

Comment ça marche

Sans bac de physique

Les jalons

50 ans en un tableau

La PHOTON

La montre des 50 ans

Mon avis

Et où l’acheter

1 | 1973, l’essence manque et l’idée arrive

Il faut imaginer le Japon du premier choc pétrolier. Le pays importe presque toute son énergie, les prix du baril s’envolent, et le gouvernement lance le Sunshine Project, un grand programme de recherche sur les énergies de remplacement. Chez Citizen, quelqu’un pose la question qui fâche les fabricants de piles : et si la lumière suffisait à faire tourner une montre ?

À l’époque, le quartz est encore une nouveauté (Seiko a lancé l’Astron en 1969) et il a un défaut bien concret : sa pile meurt, et on ne trouve pas un horloger capable de la changer à chaque coin de rue. Citizen se fixe un objectif simple à énoncer, beaucoup moins simple à tenir : une montre à laquelle on n’aurait jamais besoin de changer la pile.

Le premier prototype sort de l’atelier en 1974. Cinq cellules solaires disposées en éventail autour du cadran, une sorte de paon électronique. Quatre minutes de plein soleil lui donnent une journée de marche, une charge complète trois mois. Trop cher à produire, il ne sera jamais vendu. Il a juste prouvé que l’idée tenait debout.

Petite honnêteté historique, parce que les puristes me l’écriraient sinon : Citizen n’a pas inventé la montre solaire tout court. La Synchronar 2100, une montre digitale à LED, fonctionnait à la lumière dès 1972 et n’a jamais vraiment trouvé son public. Ce que Citizen a inventé, c’est la montre solaire à aiguilles. La nuance est de taille, et Seiko (1977) puis Casio (1983) suivront le mouvement.

2 | Montrer le soleil, puis le cacher

1976, la Crystron Solar Cell arrive dans les vitrines. Huit cellules alignées en grille sur le cadran, impossible de la confondre avec autre chose : elle dit « je suis solaire » avant même de donner l’heure. Elle coûte cher pour l’époque et se vend pourtant très bien, en particulier en Allemagne, déjà en avance sur les questions d’environnement. Son point faible ? Elle ne stocke presque rien. Un jour ou deux sans lumière et elle s’arrête. Son point fort, qu’on oublie souvent : une fois chargée et bien exposée, Citizen lui promettait jusqu’à cinq ans de fonctionnement avant tout entretien.

Ensuite, les ingénieurs vont passer vingt-cinq ans à faire disparaître ce qu’ils venaient de montrer.

En 1986, les cellules au silicium amorphe, plus à l’aise avec la lumière d’intérieur, portent l’autonomie dans le noir à 200 heures, huit jours, quand la norme tournait autour de deux. En 1995, la cellule passe sous le cadran et la technologie prend enfin son nom : Eco-Drive, pour « Ecology Drive ». Six mois d’autonomie dans le noir complet, et plus rien sur le cadran ne trahit la source d’énergie. En 2002, l’Eco-Drive VITRO va jusqu’au bout de la logique, avec un cadran identique à un cadran classique, à l’œil comme au toucher.

Il y a une anecdote que j’aime beaucoup dans le dossier que m’a transmis Citizen. Quand la marque présente ses premiers Eco-Drive aux États-Unis, au milieu des années 1990, les équipes américaines font la moue : la technologie est formidable, mais les montres ne sont pas belles. « Le client veut une belle montre », résumera un dirigeant de l’époque. Trente ans plus tard, c’est encore la ligne de la maison : la technique sert le dessin, pas l’inverse. Une leçon que certaines manufactures suisses pourraient encadrer au-dessus de leur établi.

3 | Comment ça marche l’ECO-DRIVE ?

Sous le cadran, une cellule en silicium amorphe, faite de trois couches superposées. La lumière la frappe, libère des électrons, et un petit courant naît entre deux électrodes. Ce courant fait avancer les aiguilles par l’intermédiaire d’un circuit et d’un moteur pas à pas, et le surplus part dans un accumulateur rechargeable qui prend le relais quand vous éteignez la lumière.

Ce qui me plaît dans ce principe, c’est qu’il n’y a rien qui tourne pour produire l’énergie. Une centrale, une éolienne, un barrage, une montre automatique avec son rotor : tout ce petit monde transforme un mouvement en électricité ou en ressort armé. La cellule, elle, convertit la lumière directement. Pas de turbine, pas de masse oscillante, pas de bruit.

Tout le défi a été d’amener assez de lumière jusqu’à la cellule sans abîmer le dessin du cadran. Citizen a fini par développer toute une famille de cellules : la cellule classique sous un cadran translucide, la cellule en anneau qui libère le centre et autorise enfin les cadrans en métal opaque, la cellule fine en disque ajouré pour les montres extra-plates, et même une cellule transparente posée sur le verre, aux filaments trop fins pour être vus. Certains cadrans sombres d’aujourd’hui fonctionnent avec moins de 15 % de lumière transmise.

Un conseil pratique : une Eco-Drive se recharge très bien à la lumière d’une lampe, mais beaucoup plus lentement qu’au soleil. Pour un mouvement Eco-Drive 365, Citizen compte entre 11 et 40 heures de soleil direct pour une charge complète, contre environ 130 heures sous un néon de bureau. Ne la laissez pas des mois au fond d’un tiroir, posez-la de temps en temps près d’une fenêtre, et elle vous oubliera moins que vous ne l’oublierez.

Pendant qu’on parle mouvements : Citizen est aussi derrière Miyota, le motoriste qui équipe beaucoup de micro-marques.

Et si vous voulez en porter une sans attendre de croiser l’une des 150 PHOTON françaises, voici quatre Eco-Drive que je trouve très bien construites, du premier prix au titane radio-piloté :

Montre Citizen Eco-Drive BM7620-83Y, cadran vert, bracelet acier

Citizen Platform Eco-Drive BM7620-83Y

Acier, 38 mm, cadran vert soleillé, calibre E111 (180 jours dans le noir), étanche à 10 bar. La porte d’entrée la plus sérieuse dans l’univers Eco-Drive.

189 €

Montre Citizen Zenshin Super Titanium Eco-Drive AW0130-85L, cadran bleu

Citizen Zenshin Super Titanium AW0130-85LC

Boîtier et bracelet intégré en Super Titanium, cadran bleu texturé, calibre J800 (environ 8 mois dans le noir), saphir, 10 bar. La cousine sage de la PHOTON.

240,81 € 349 €

Montre chronographe Citizen Zenshin Super Titanium Eco-Drive CA4610-85L, cadran bleu

Citizen Zenshin Chrono Super Titanium CA4610-85L

La même recette en chronographe : Super Titanium, calibre Eco-Drive B620, verre saphir, étanche à 10 bar. Pour ceux qui aiment avoir un peu plus à regarder sur le cadran.

309,81 € 449 €

Montre Citizen Radio Controlled Super Titanium Eco-Drive AT8238-84A, cadran blanc

Citizen Radio Controlled Super Titanium AT8238-84A

Super Titanium, 43,5 x 10 mm, calibre H800 radio-piloté qui se cale sur les signaux horaires, heure universelle, chronographe. L’Eco-Drive du voyageur qui ne veut plus jamais régler sa montre.

695 €

4 | Cinquante ans d’Eco-Drive en quelques dates

Ensuite, chaque gain d’énergie économisé a servi à autre chose : plus d’autonomie, plus de précision, plus de fonctions, plus de liberté pour les cadrans. Les dates qui comptent :

AnnéeModèleCe qui change
1974PrototypeCinq cellules en éventail, jamais commercialisé
1976Crystron Solar CellPremière montre analogique solaire au monde, huit cellules visibles
1986Analogue with Solar CellSilicium amorphe, 8 jours d’autonomie dans le noir
1995Premières Eco-DriveCellule sous le cadran, naissance du nom, 6 mois d’autonomie
2002Eco-Drive VITROCadran indiscernable d’un cadran classique
2016Eco-Drive OneMouvement de 1,00 mm d’épaisseur
2019The CITIZEN Calibre 0100± 1 seconde par an, sans signal radio ni satellite
2023Eco-Drive 365Un an de marche dans le noir complet
2026Eco-Drive PHOTONLa lumière redevient visible sur le cadran

Deux chiffres pour finir le tableau. Vers 2015, plus de 80 % des montres Citizen fonctionnaient déjà à la lumière. Et la marque estime que plus de 100 millions de piles jetables ont été épargnées depuis 1976. Je n’ai aucun moyen de recompter, mais l’ordre de grandeur donne le vertige.

Le Calibre 0100, je vous en avais déjà parlé à propos de la gamme haut de gamme de la maison, tout comme du mouvement A060 qui anime les Chronomaster de The CITIZEN. Côté outils, la Promaster en Super Titanium et la plongeuse Eco-Drive BN0159-15X montrent l’autre visage de l’Eco-Drive, celui qu’on maltraite sans remords.

5 | La PHOTON, ou la lumière enfin visible

C’est là que l’histoire fait une boucle. Pendant trente ans, Citizen a tout fait pour qu’on ne voie plus la cellule. Pour l’anniversaire, le designer Shota Mimura a pris le chemin inverse : montrer la lumière qui traverse le cadran, littéralement, sous vos yeux.

Son point de départ est un souvenir d’étudiant. Au tout début du XIXe siècle, le physicien anglais Thomas Young fait passer de la lumière par deux fentes très fines et observe sur un écran des franges claires et sombres : la preuve que la lumière se comporte comme une onde. Un siècle plus tard, Einstein montre qu’elle se comporte aussi comme une particule. Cette particule finira par recevoir un nom en 1926, sous la plume du chimiste américain Gilbert Lewis : le photon. Vous voyez où je veux en venir.

Le cadran reprend l’expérience à l’échelle d’un poignet. Deux disques métalliques fendus, empilés l’un sur l’autre, dessinent des franges d’interférence, et une fine pellicule colorée glissée entre les disques et la cellule fait changer les teintes selon l’angle. Le vrai casse-tête était ailleurs : un cadran en métal ne laisse pas passer la lumière. Elle doit donc se faufiler par les fentes jusqu’à la cellule, en quantité suffisante pour alimenter des aiguilles plus lourdes que d’habitude. D’après Citizen, il a fallu une structure de cadran inédite chez elle pour y arriver. Le nom de la marque, faute de surface plane pour l’imprimer, est d’ailleurs reporté sous le verre saphir.

Dedans, le nouveau calibre E036, trois aiguilles, sans date : un an de marche dans le noir sur une charge complète, ± 15 secondes par mois. La fameuse précision de la Crystron, avec 364 jours d’autonomie en plus.

Le boîtier mérite qu’on s’y arrête. 39,6 mm de diamètre, 9,9 mm d’épaisseur : c’est exactement le gabarit que j’adore, sous la barre des 40 /10 mm. Celle où une montre commence à se glisser sous une manchette de chemise sans forcer. La forme, ni octogone ni coussin, a été retouchée par pas de 0,1 mm, et la lunette, la carrure et le bracelet intégré en Super Titanium (traité Duratect, donc nettement plus dur qu’un titane nu) coulent d’un seul trait. Verre saphir bombé traité antireflet, étanchéité à 5 bar, fond gravé du logo des 50 ans et du numéro de série limitée. La boucle déployante cache un micro-réglage, ce qui, à ce prix, n’est pas un détail quand le poignet gonfle en été.

Deux versions, 5 000 exemplaires chacune dans le monde :

  • la BJ6560-53W, en titane naturel avec une trotteuse jaune, à 895 €, dont 150 pièces pour la France ;
  • la BJ6569-59X, en titane traité noir avec des touches dorées (le traitement Duratect Amber Yellow) et une trotteuse violette, à 995 €, et là, seulement 30 pièces pour la France.

Trente montres pour tout le pays. Si la noire vous fait de l’œil, je ne vous conseille pas d’attendre les soldes.

6 | Mon avis : faut-il craquer ?

J’écrivais il y a plus de dix ans sur Verygoodlord qu’il vaut mieux, pour le même prix, une montre à quartz de qualité qu’une automatique bas de gamme. Je n’ai pas changé d’avis. Sous 1 000 €, je préfère mille fois un Eco-Drive bien construit, en titane, avec un saphir et un mouvement qui ne me demandera rien pendant des années, à une automatique au calibre générique qui retarde de quinze secondes par jour.

La PHOTON a pour elle ce que peu de montres à ce prix peuvent revendiquer : une idée. Le cadran raconte la technologie au lieu de la cacher, et l’histoire de Thomas Young n’est pas un habillage marketing collé après coup, elle est dessinée dans le métal. Le prototype que Citizen m’a prêté pour le tournage avait d’ailleurs les aiguilles figées sur 10h10, comme dans un catalogue : preuve que, sur cette montre, c’est le cadran qu’on regarde.

Maintenant, soyons honnêtes. Ce cadran divise, et c’est normal : il est chargé, il bouge avec la lumière, il ne ressemble à rien de connu. Si vous aimez les cadrans laqués tout simples, passez votre chemin sans regret. Et l’étanchéité à 5 bar en fait une montre de ville, pas une montre de plage : la piscine passe, le snorkeling à Port-Cros, je vous le déconseille. Pour ça, il y a les Promaster.

Entre les deux, la version titane naturel laisse toute la place au cadran, et sa trotteuse jaune met juste ce qu’il faut de pep’s. La noire et or, plus démonstrative, plaira à ceux qui aiment qu’on leur demande l’heure.

Citizen Eco-Drive PHOTON BJ6560-53W

Super Titanium naturel, 39,6 x 9,9 mm, calibre E036, un an d’autonomie dans le noir. Édition limitée à 5 000 exemplaires, 150 pour la France.

895 €

Citizen Eco-Drive PHOTON BJ6569-59X

Super Titanium traité noir et touches dorées Duratect Amber Yellow, trotteuse violette, calibre E036. Édition limitée à 5 000 exemplaires, 30 pour la France.

995 €

En 1976, la lumière était une contrainte qu’on affichait faute de mieux. En 2026, c’est devenu le motif. Comme quoi, en horlogerie comme ailleurs, il faut parfois cinquante ans pour assumer ce qu’on est. Et vous, la PHOTON, coup de cœur ou cadran de trop ? Venez m’en parler sur Instagram, et si vous cherchez d’autres idées, toutes mes marques de montres préférées vous attendent.

7 | Eco-Drive : les questions qu’on me pose

Que veut dire « Eco-Drive » ?

C’est la contraction d’« Ecology Drive », le nom que Citizen donne en 1995 à sa technologie de montre alimentée par la lumière, au moment où la cellule solaire passe sous le cadran. Le nom est déposé : une Eco-Drive est donc forcément une Citizen. Derrière l’étiquette, on parle d’une montre à quartz qui se recharge avec n’importe quelle lumière, celle du soleil comme celle d’une lampe.

Une Eco-Drive a-t-elle une pile ?

Pas de pile jetable, non. L’énergie produite par la cellule est stockée dans un accumulateur rechargeable, qui prend le relais quand la montre est dans le noir. Cet accumulateur s’use beaucoup plus lentement qu’une pile classique, qui tient en général deux ou trois ans : on parle souvent de quinze à vingt ans. Le jour où il fatigue, un horloger le remplace, comme on changerait une pile.

Combien de temps une Eco-Drive tient-elle dans le noir ?

Tout dépend du calibre. Beaucoup de modèles actuels tiennent autour de six mois une fois chargés à bloc (le calibre E111 de la Platform annonce 180 jours), certains un peu plus (240 jours pour le J800 de la Zenshin), et les mouvements Eco-Drive 365, comme l’E036 de la PHOTON, vont jusqu’à un an. Certains calibres ont en plus un mode économie d’énergie qui fige les aiguilles dans l’obscurité et allonge encore l’autonomie.

Comment recharger une Eco-Drive ?

En la portant, tout simplement, et sans la cacher en permanence sous une manchette. Si elle a dormi dans un tiroir, posez-la quelques heures près d’une fenêtre : le soleil direct recharge bien plus vite qu’une lampe de bureau (de 11 à 40 heures pour une charge complète d’une Eco-Drive 365, contre environ 130 heures sous un néon). Évitez juste la chaleur : le tableau de bord d’une voiture en plein mois d’août n’est pas un chargeur, c’est un four.

Ma montre avance par sauts de deux secondes, elle est cassée ?

Non, elle a faim. Sur la plupart des Eco-Drive, la trotteuse qui saute de deux secondes en deux secondes est l’alerte de charge insuffisante. Mettez-la à la lumière jusqu’à ce qu’elle reprenne un rythme normal, puis remettez-la à l’heure si elle s’est arrêtée entre-temps.

Une Eco-Drive, c’est une montre automatique ?

Non, et c’est la confusion la plus fréquente. Une automatique est une montre mécanique, remontée par un rotor qui tourne avec les mouvements du poignet. Une Eco-Drive est une montre à quartz : un circuit et un moteur pas à pas font avancer les aiguilles, la lumière fournit l’énergie. Résultat, une précision de l’ordre de ± 15 secondes par mois, là où une automatique d’entrée de gamme peut dériver de plusieurs secondes par jour.

Toutes les montres solaires sont-elles des Eco-Drive ?

Non. Eco-Drive est le nom de la technologie de Citizen. Seiko a ses montres Solar, Casio sa technologie Tough Solar, et bien d’autres marques s’y sont mises. Citizen reste celle qui a lancé la première montre solaire à aiguilles, en 1976, et celle qui en a fait le cœur de sa gamme.



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