« Coulange. Tissu extérieur hydrofuge. Nettoyage à sec. » Trois lignes sur une petite étiquette kaki, cousue à l’intérieur. Pendant des décennies, c’est la dernière chose que voyaient les marins français avant de remonter leur fermeture et de grimper prendre leur quart. La nuit, le crachin, le vent qui hurle.
Cette veste revient. Mais ce n’est pas une pièce « inspirée de », pas un clin d’œil de bureau de style. Non, c’est la même maison, le même patron. Et pour les 400 ans de la Marine nationale Coulange relance la production de cent exemplaires numérotés.

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1 | 1626. Richelieu prend la mer (enfin, presque)
Octobre 1626, Saint-Germain-en-Laye. Un édit de Louis XIII fait du cardinal de Richelieu le « grand maître, chef et surintendant général de la navigation et commerce ». Derrière le titre à rallonge, une idée simple. La France se dote d’une marine d’État, permanente, sous un commandement unique, là où il n’y avait jusqu’à lors que les flottes du Ponant et du Levant. Le cardinal n’a jamais commandé un navire de sa vie, mais c’est bien de lui que part l’histoire.
2 | Coulange, l’atelier
Si le nom ne vous dit rien, rassurez-vous, vous n’êtes pas seul. En 1918, Madame Coulange reprend une manufacture et lui donne son nom. La maison se spécialise dans le vêtement technique et devient fournisseur des armées : la veste de quart et la salopette de quart de la Marine nationale, mais aussi la M47, la saharienne de l’Armée de terre. En 1975, l’atelier fait travailler deux cent quarante personnes. Sur les étiquettes d’époque, on lit encore « Coulange Mayenne ». Puis…plus grand-chose. Une faillite en 2004 et une reprise en 2023, et la relance de la maison sur ses patrons d’origine, avec un nouvel atelier en France.

C’est ça qui me plaît dans cette histoire. Le « deck jacket » vit depuis des années sur la N-1 de l’US Navy, rééditée à toutes les sauces par des marques japonaises, américaines, européennes. Très bien. Mais la veste que portaient nos marins à nous, elle avait une étiquette française !
3 | Couture par couture
A l’extérieur, on retrouve un coton italien bleu marine déperlant. Pas de membrane, pas de stratifié qui fait « scrouitch » quand on lève le bras : du coton traité pour que l’eau perle, comme sur la veste de quart.
A l’intérieur, et c’est là que ça devient sérieux, un sherpa dont le poil mélange 80 % de laine et 20 % d’alpaga, sur un support en polyester recyclé. Il tapisse le corps et remonte jusqu’au col. La laine et l’alpaga contre le vent de mer, c’était déjà la recette des deck jackets de la Seconde Guerre mondiale, et on n’a pas trouvé beaucoup mieux depuis.


Les zip sont des YKK double sens, avec une tirette gravée. Aux poignets, des bords-côtes cachés bloquent le froid sans se faire voir. Et puis il y a les deux détails que j’adore, repris tels quels de la veste de service : deux œillets d’aération sous les bras, et deux passants intérieurs qui servaient à la serrer à la taille sur le pont. Sur la ligne 13 du métro parisien à 8h15, ça ne vous servira strictement à rien. Mais vous saurez qu’ils sont là, et c’est exactement le genre de chose qui fait qu’on garde une veste vingt ans. Le tout est confectionné à la main dans l’atelier de la maison, en France, et réparable à vie : un accroc, une couture fatiguée, Coulange reprend la veste aussi longtemps que vous la portez.

4 | Cent numéros, trois écussons.
Chaque veste porte à l’intérieur une vignette cousue, numérotée de 1 à 100. Petite déception pour les collectionneurs : on ne choisit pas son numéro, il est attribué dans l’ordre des commandes. Et ne tardez pas, Coulange l’écrit noir sur blanc : quand les cent sont parties, l’édition est close, pas de réédition.

Sur la manche gauche, une bande velcro et trois écussons livrés avec la veste. L’écusson brodé officiel des 400 ans de la Marine nationale, un écusson PVC blanc et un écusson PVC navy. On les change en quelques secondes, ou on n’en met aucun si on le souhaite.



Mon conseil : l’écusson brodé des 400 ans les premières semaines, parce que c’est lui qui raconte l’histoire. Ensuite le navy, ton sur ton, ou rien du tout. Le blanc, je le garde pour un week-end au bord de l’eau, avec un pull marin et des chaussures bateau. Côté points de vente, la veste se retrouve sur le site de Coulange, sur la boutique en ligne de la Marine nationale et à la boutique de la Marine nationale à Toulon.

Coulange x Marine nationale
Veste de quart Heritage, édition des 400 ans numérotée sur 100
1 000 €
5 | Avant de cliquer, lisez ça !!
La coupe est unisexe, au standard européen, du 34 au 42 en femme et du XS au XXL en homme. Coulange conseille la taille au-dessus quand on hésite entre deux et je suis d’accord eux. C’est exactement ce que j’ai fait pour celle que je porte, surtout si vous souhaitez mettre un gros pull en laine en dessous. Une veste de quart se porte sur de l’épaisseur, c’est même pour ça qu’elle existe. Et si vous vous trompez, l’échange est gratuit pendant trente jours.

6 | Et si les cent sont parties ?
Négatif mon capitaine, pas de réédition. Mais Coulange fabrique toute l’année la Parka Heritage, qui descend de la même veste de quart : coton déperlant, coupée et assemblée en France. Pas de numéro, pas d’écusson des 400 ans, mais trois couleurs au choix, et pour une fois le kaki n’est pas une mauvaise idée.

Coulange
Parka Heritage bleue B52
1 200 €

Coulange
Parka Heritage kaki M52
1 200 €

Coulange
Parka Heritage beige C52
1 200 €
Les trois existent aussi en version femme, au même prix. Et pour ceux qui préfèrent la terre ferme, la maison a ressorti la M47, la saharienne qu’elle fabriquait pour l’Armée de terre. Mais ça, c’est une autre histoire.
La mode change de cap à chaque saison. La veste de quart, elle, tient le sien.
