Derbies homme
Une paire essentielle. Voici les meilleures marques.
Il y a des chaussures qu’on achète pour une occasion, et d’autres qu’on finit par porter quatre jours sur cinq sans même s’en rendre compte. Le derby est de cette noble seconde espèce. Il va avec le jean, le chino, la flanelle, il tolère la pluie mieux que le richelieu et il pardonne un pied un peu large. Bref, si je dois résumer, c’est la chaussure de ville des gens qui n’aiment pas les chaussures de ville. Encore faut-il savoir le reconnaître (non, toutes les chaussures à lacets ne sont pas des richelieus), choisir le bon cuir et le bon montage, et ne pas le porter n’importe comment. Suivez le guide.
Sur cette page
Mais qui est derrière cette sélection ?
Verygoodlord est un média indépendant dédié à la mode et au style masculin depuis 2012. Cette sélection de derbies est établie et mise à jour par moi, Arnaud Chanteloup, fondateur de Verygoodlord, passionné de beaux vêtements, de montres et de belles adresses. Chaque marque citée est choisie pour la qualité de ses matières, le sérieux de sa fabrication et la pertinence de son style. Certaines marques sont des partenaires, mais ça ne change rien à mon avis.
Ma méthode : je teste et je porte les pièces quand c’est possible, je visite les boutiques et les ateliers, j’échange avec les fondateurs et les artisans, et j’actualise régulièrement cette page pour qu’elle reste pertinente. Une adresse mérite d’y figurer ? Écrivez-moi.
Si vous cherchez des derbies qui tiennent plus d’un hiver, vous êtes au bon endroit. Bon shopping, Arnaud Chanteloup, fondateur de Verygoodlord.
Quand vous achetez via certains liens de cette page, je touche une petite commission. Ça ne vous coûte rien de plus, ça fait vivre un média indépendant, et ça ne change rien à mes choix : une marque qui ne me convainc pas n’entre pas dans la liste, commission ou pas.

Trois paires de derbies pour commencer
Pour ceux qui n’ont pas le temps de lire la suite, voici les trois paires que je regarderais en premier, une par budget : le derby français à moins de 200 euros, l’américain cousu Goodyear, et le Paraboot qu’on garde vingt ans. Prix relevés chez les marchands en octobre 2026.

KLEMAN
Padror noir
Le derby plateau qu’on croise partout depuis des années, et il y a une raison : pour 170 euros, on a du cuir, une semelle en caoutchouc qui accroche et une paire fabriquée en France. Ce n’est pas un soulier de tailleur. C’est le derby du lundi au samedi, celui qui ne vous fera jamais la tête sous la pluie.
Cuir de vachette, plateau à ourlet dentelé, semelle caoutchouc EDITO Grip, fabriqué en France, grandes pointures sur une fiche à part
170 €

RED WING
Moc Toe Oxford 8092 Oro-Legacy
Red Wing l’appelle Oxford parce qu’aux États-Unis, le mot désigne à peu près toute chaussure basse à lacets. Regardez les œillets : c’est un derby, et un sacré derby, avec le cuir et le montage des work boots de la maison. Il taille grand, prenez une pointure en dessous. Il est remisé à -20 % au moment où j’écris, et ça ne durera pas éternellement.
Cuir Oro-Legacy, cousu Goodyear, semelle Traction Tred, largeur D, fabriqué aux États-Unis, du 39 au 44
263,20 € 329 €

PARABOOT
Michael lisse marron
Le derby français par excellence, dessiné en 1945 pour ceux qui passent la journée debout. Gros bord, bout rond, couture norvégienne : il a une silhouette qu’on reconnaît de l’autre côté de la rue. Avec un jean brut ou un pantalon de velours, je ne connais pas mieux. Avec un costume de banquier, oubliez.
Cuir lisse, cousu norvégien, semelle gomme ressemelable, fabriqué en France, du 39 au 45
485 €
Les marques de derbies à connaître
Du derby français à moins de 200 euros au cordovan américain, voici les maisons que je regarde en premier. Les liens vous emmènent directement à leurs derbies.
Paraboot 🇫🇷
€€€ · de 335 à 540 €
Le Michael, le Chambord, l’Avignon, le Briac : la référence du derby norvégien.
Kleman 🇫🇷
€ · de 160 à 230 €
Le Padror et le Frodan, fabriqués en France à moins de 250 euros.
Red Wing
€€ · de 263 à 329 €
Les Moc Toe Oxford, des derbies de work boot coupés à la cheville.
Pour aller plus loin
Ma sélection de derbies homme par budget
Les trois paires du haut de page restent mes premiers choix. En voici quatre autres, rangées par prix, pour comparer avant de sortir l’AMEX.

Moins de 250 €
ASTORFLEX
CarlFlex semelle gomme
Un derby en daim à quatre œillets, souple comme un chausson, fabriqué à la main en Italie. C’est le cousin de la desert boot, coupé à la cheville. À 179 euros au lieu de 299, c’est le meilleur rapport plaisir-prix de cette page, tant qu’il reste votre pointure.
Daim de Toscane tanné végétal, doublure veau, semelle gomme antidérapante, fabriqué en Italie, du 40 au 44
179,40 € 299 €

Moins de 250 €
KLEMAN
Frodan derby golf noir
Le derby golf à la française, avec son plateau et sa semelle crantée, pour le prix d’un dîner à deux un peu arrosé. Le noir le rend plus sérieux qu’il n’en a l’air : il passe sous un pantalon de flanelle grise sans faire tache.
Cuir noir, plateau, semelle caoutchouc crantée, fabriqué en France, grandes pointures sur une fiche à part
170 €

De 250 à 400 €
PARABOOT
Briac noir
Un Paraboot plus citadin que le Michael : cinq œillets, un plateau, un cuir grainé huilé qui encaisse l’averse, et une semelle en gomme lisse au lieu des crans habituels. C’est la porte d’entrée de la maison, à condition de trouver sa pointure, il n’en reste pas beaucoup.
Cuir de veau grainé Suportlo, doublure cuir, cousu norvégien, semelle gomme non crantée, du 40 au 44 (pas toutes en stock)
335 €

Plus de 400 €
PARABOOT
Chambord lisse
Le frère plus fin du Michael, sur une forme taillée pour les pieds étroits. C’est le Paraboot qu’on peut glisser sous un costume de flanelle sans passer pour un garde forestier. En noir pour la ville, en marron ou café pour le reste de la semaine.
Cuir lisse, cousu norvégien, semelle gomme ressemelable, fabriqué en France, noir, marron ou café, pointures Paraboot du 6,5 au 12
485 €
Entre 250 et 400 euros, on passe du collé au cousu, et c’est là que tout change : une semelle qu’un cordonnier pourra remplacer, un cuir qui se patine au lieu de craquer. Le Red Wing du haut de page joue aussi dans cette catégorie, surtout tant qu’il est remisé. Au-delà, on entre chez les bottiers anglais et américains : Alden et son plain toe blucher en cordovan, qu’on trouve chez Clutch Cafe pour plus de 1000£, ou le Golf de J.M. Weston. Est-ce que ça vaut le double d’un Paraboot ? Pour le cuir, oui. Pour le confort au quotidien, je n’en suis pas sûr. Le cordovan, c’est un peu comme une montre à complication : on le prend parce qu’on l’aime, pas parce qu’on en a besoin.
Derby ou richelieu : la seule différence qui compte
Regardez vos lacets. Sur un richelieu, les deux pièces de cuir qui portent les œillets (les quartiers) sont cousues sous l’avant de la chaussure : quand on serre, elles se rejoignent et forment un petit V fermé. C’est le laçage fermé. Sur un derby, les quartiers sont cousus par-dessus l’empeigne, comme deux rabats posés sur le pied. Ils peuvent s’écarter librement. C’est le laçage ouvert.
Ça a l’air d’un détail de cordonnier. Ça n’en est pas un ! Le laçage ouvert laisse de la place au cou-de-pied, se règle facilement et chausse beaucoup mieux les pieds larges. C’est aussi ce qui donne au derby son allure plus décontractée, plus campagnarde. Le richelieu est le soulier du costume sombre et de la cravate. Le derby, celui de tout le reste.
Un mot de vocabulaire, parce que ça embrouille tout le monde. Les Anglais disent oxford pour le richelieu et derby pour le derby. Les Américains, eux, appellent souvent le derby blucher, et emploient oxford pour à peu près n’importe quelle chaussure basse à lacets. D’où le Red Wing de ma sélection, baptisé Oxford alors que c’est un derby pur jus. Au pluriel, on écrit derbys ou derbies, les deux se rencontrent. Je préfère derbies, ça sonne plus anglais et ça fait plaisir à mon correcteur.
D’où vient le derby ?
Les chaussures ont ceci en commun avec les grandes familles : tout le monde a une version de l’histoire, et personne n’a les papiers.
La version la plus répandue nous emmène à Waterloo, le 18 juin 1815. Le maréchal prussien Gebhard Leberecht von Blücher, celui qui arrive en fin de journée pour achever l’armée de Napoléon, aurait fait équiper ses soldats d’une bottine à laçage ouvert, plus rapide à enfiler et plus facile à ajuster. C’est pour ça que les Américains disent encore blucher. Belle histoire. Je n’ai trouvé aucun document d’époque qui la prouve, alors prenez-la comme on prend une anecdote de fin de repas.
L’autre version parle d’un comte de Derby qui aurait eu le pied trop fort pour les souliers de son temps et se serait fait tailler une chaussure à rabats. Lequel ? Personne ne le dit, et les Stanley, qui portent le titre depuis 1485, en sont au dix-neuvième. On a vu des enquêtes plus solides.
Ce qui est sûr, en revanche, c’est la suite. Alan Flusser, qui connaît le sujet mieux que personne, raconte dans Dressing the Man que le derby devient la chaussure de sport et de chasse des Anglais dans les années 1850, et qu’il n’est admis en ville qu’autour de 1900. Une chaussure de campagne montée à Londres, qui a gardé de ses origines un goût pour les gros cuirs, les semelles épaisses et les chemins boueux.
En France, deux maisons en ont fait des classiques. À Limoges, J.M. Weston, fondé en 1891 par Édouard Blanchard, dont le fils Eugène part apprendre le cousu Goodyear à Weston, près de Boston, et le rapporte en 1904. Son derby Golf est déjà parmi les modèles qu’on vient chercher quand la maison ouvre une deuxième boutique sur les Champs-Élysées, en 1932. Et dans l’Isère, Paraboot, qui dessine en 1945 le Michael pour ceux qui travaillent debout : agriculteurs, bûcherons, ouvriers. Le nom vient de Michel Richard, futur président de l’entreprise, né la même année ; à la Libération, tout ce qui sonnait américain avait la cote. Plus de 150 opérations à la main par paire, plus de 500 variantes depuis, et même une version Hermès en 1984. Pas mal pour une chaussure de bûcheron.
Les grandes familles de derbies
Le laçage ouvert est le seul point commun. Pour le reste, il y a de la marge entre un derby de mariage et un derby de randonnée.
Le derby à bout droit
Le plus sobre : une empeigne lisse, pas de couture sur le dessus, quatre ou cinq œillets. En veau noir sur une semelle fine, c’est le seul derby que je laisse passer avec un costume de bureau. C’est aussi le plus difficile à réussir, parce qu’il n’a aucun décor derrière lequel se cacher : tout tient dans la forme.
Le derby golf et le bout fleuri
Un bout rapporté, des perforations, parfois une rosace sur le bout (le fameux bout fleuri, brogue pour les anglophiles). C’est la version tweed et week-end, celle du Golf de J.M. Weston. Les perforations, au passage, ne servent plus à rien depuis longtemps : à l’origine, on dit qu’elles laissaient s’écouler l’eau des tourbières. Aujourd’hui, elles décorent. Et c’est très bien comme ça.
Le derby à plateau
Une pièce de cuir cousue sur le dessus du pied, façon mocassin. Le Padror de Kleman et le Moc Toe de Red Wing en sont deux exemples très différents : l’un français et urbain, l’autre américain et taillé pour la scierie. C’est le derby le plus décontracté du lot, celui du jean et du chino.
Le derby norvégien
Une couture apparente tout autour du pied, une semelle en gomme épaisse, un bord qui déborde. C’est le territoire de Paraboot, avec le Michael et le Chambord, et de quelques bottiers alpins. Lourd, solide, presque imperméable. Le derby qu’on choisit quand on habite à Brest ou qu’on promène un chien qui n’aime pas les trottoirs.
Le derby en daim
Toutes les formes précédentes peuvent se faire en veau velours. Le daim rend n’importe quel derby plus doux, plus printanier. Les Américains en ont fait un uniforme dans les universités de l’Ivy League, avec les white bucks, ces derbies en daim clair sur semelle rouge. En France, sortez-le plutôt en marron ou en taupe, et gardez le blanc pour les mariages à la campagne.
Comment choisir ses derbies ?
Quatre questions, dans cet ordre. Le coloris vient après.
1 | Le cuir. Lisse, grainé ou velours ?
Le cuir lisse est le plus habillé, et il prend le cirage comme personne. Le grainé, embossé, cache les rayures et se moque de la pluie : c’est mon conseil pour une première paire qu’on veut porter tous les jours. Le veau velours est le plus élégant des trois et le plus fragile. Imperméabilisez-le avant la première sortie, pas après la première flaque.
2 | Le montage. Là où passe votre argent
C’est la façon dont la semelle tient au reste, et c’est elle qui fait la différence entre une paire de trois ans et une paire de quinze ans.
- Cousu Goodyear : une bande de cuir, la trépointe, est cousue à la tige, et la semelle est cousue à la trépointe. La machine a été brevetée en 1869 dans les ateliers de Charles Goodyear Jr. Un cordonnier peut ressemeler plusieurs fois.
- Cousu norvégien : la couture se voit tout autour, à l’extérieur. Le plus robuste et le plus étanche, ressemelable lui aussi. C’est celui de Paraboot.
- Cousu Blake : la semelle est cousue directement à travers la première. Plus fin et plus souple, moins protecteur sous la pluie.
- Collé : pas de couture, la semelle est fixée à la colle ou soudée. Moins cher, et rarement réparable.
Ma règle : au-dessus de 250 euros, exigez une paire cousue. En dessous, acceptez le collé, mais pas le faux cuir. Jamais.
3 | La semelle. Cuir ou gomme ?
La semelle en cuir est la plus fine et la plus élégante, et elle glisse comme une savonnette sur le premier pavé mouillé. La gomme est moins chic mais beaucoup plus honnête avec le climat parisien. Entre les deux, il y a les semelles cuir avec un patin en caoutchouc, que n’importe quel cordonnier pose en vingt minutes. Mon avis : si c’est votre seule paire de derbies, prenez de la gomme.
4 | La pointure. Ne commandez pas à l’aveugle
Aucune marque ne taille comme sa voisine. Red Wing chausse grand : une pointure française en dessous, c’est le marchand lui-même qui le dit. Paraboot raisonne en pointures anglaises, et ses formes ne se valent pas : le Michael est large et généreux, le Chambord est fait pour les pieds fins. Si vous avez le pied fort, le derby est déjà votre ami, mais vérifiez la forme avant le reste.
Le bon essayage se fait en fin de journée, avec les chaussettes que vous porterez vraiment. Le talon peut bouger un peu au début, il se calera. Les orteils, eux, ne doivent jamais toucher le bout. Et si le cuir est raide, c’est normal : une semaine d’appartement avant la première journée de bureau, et tout rentre dans l’ordre.
Comment porter des derbies ?
Avec un jean, d’abord. Un jean brut coupe droite, un ourlet qui vient juste effleurer le haut de la chaussure, et un derby à plateau ou norvégien. Évitez le jean slim très court sur un gros Paraboot : vous aurez l’air d’un gamin qui a mis les chaussures de son père.
Avec un chino, à peu près tous les derbies fonctionnent. En marron ou en daim, c’est la tenue du vendredi la plus sûre que je connaisse.
Avec un pantalon de flanelle grise, sortez le derby golf ou le grainé marron. Ajoutez un pull à col rond et une veste en tweed, et vous êtes mieux habillé que la moitié des gens qui portent un costume ce jour-là.
Avec un costume ? Ça dépend du costume. Un costume de flanelle, de velours ou de tweed accepte très bien un derby. Un costume bleu marine de bureau, à la rigueur, si le derby est en veau lisse noir, à bout droit et semelle fine. Un costume sombre pour un mariage ou un entretien d’embauche : richelieu, sans discussion. Vous pourrez toujours me dire que les Italiens portent des derbies norvégiens avec tout. Oui, et ils portent aussi des chaussettes rouges avec un costume gris. It’s up to you…
Côté couleur, marron d’abord. Du cognac au chocolat, il va avec tout sauf le pantalon noir. Le noir est plus urbain et plus formel, et un peu triste avec un jean délavé.
Et pour l’entretien ?
Trois gestes. Des embauchoirs en bois dès que vous les retirez. Jamais la même paire deux jours de suite, le cuir a besoin d’une nuit pour sécher. Et un coup de cirage une fois par mois. J’ai listé le matériel dans les 10 accessoires pour entretenir ses chaussures. Le reste, c’est le cordonnier, tous les deux ou trois ans, si vous avez choisi une paire cousue.
Derbies homme : vos questions
Quelle différence entre un derby et un richelieu ?
Le laçage. Sur un derby, les rabats qui portent les œillets sont cousus par-dessus l’avant de la chaussure et peuvent s’écarter : c’est un laçage ouvert. Sur un richelieu, ils sont cousus dessous : laçage fermé, plus habillé.
Derbys ou derbies ?
Les deux pluriels se rencontrent. Derbies garde la forme anglaise, derbys la francise. Personne ne vous en voudra.
Peut-on porter des derbies avec un costume ?
Oui, avec un costume de flanelle, de velours ou de tweed, ou un costume de bureau si le derby est en veau lisse noir à bout droit. Pour un costume sombre de cérémonie, préférez le richelieu.
Quels derbies porter avec un jean ?
Un derby marron à plateau ou cousu norvégien, en cuir grainé ou en daim, sur un jean brut coupe droite. Le derby en veau noir très fin est moins à son aise.
Les derbies conviennent-ils aux pieds larges ?
Oui, c’est même leur grand avantage : le laçage ouvert laisse de la place au cou-de-pied. Choisissez une forme généreuse, comme celle du Michael de Paraboot, et essayez en fin de journée.
Une dernière chose. Le derby a commencé sa vie dans la boue, et il ne s’en est jamais vraiment remis. Ne le traitez pas comme une pièce de musée : rayez-le, cirez-le, faites-le ressemeler. Un richelieu se respecte, un derby se vit.
À bientôt, Arnaud
