MAISON

Mammotion LUBA 3 AWD

La tondeuse thermique a un mérite pédagogique : elle enseigne la patience. Le reste du temps, elle confisque les samedis matin et fait saigner les oreilles de tout le voisinage. Mammotion, marque installée parmi les noms qui comptent sur le segment du robot de jardin, sort le LUBA 3 AWD avec une idée assez claire en tête : cesser d’exiger du terrain qu’il soit plat, dégagé et rectangulaire pour faire fonctionner une tondeuse autonome.

Ça tombe bien, c’est le cas à la maison !

Robot tondeuse Mammotion LUBA 3 AWD sur une pelouse
Le LUBA 3 AWD, avec son LiDAR 360° posé sur le toit comme un gyrophare. © Mammotion

La fiche technique tient du véhicule autonome miniature : LiDAR 360°, NetRTK, double caméra, quatre roues motrices, puce d’intelligence artificielle deux fois plus rapide que sur la génération précédente. C’est presque un module lunaire !

Alors oui, on peut hausser les épaules devant cet empilement d’acronymes. Mais honnêtement ça serait dommage, parce qu’il répond à la seule question que les robots tondeuses traînent depuis dix ans : où suis-je, exactement ? Perdu dans les orties à gauche du poirier, ou bien au milieu de la pelouse ???

Précision utile avant d’aller plus loin : j’ai eu la machine entre les mains, et elle tourne aujourd’hui dans mon jardin. Ce qui suit croise la documentation du constructeur et mes tests ans la vraie vie.

Trois versions, et une différence qu’on oublie de lire

Le LUBA 3 AWD se décline en trois surfaces. Le prix suit, la navigation aussi.

  • 1 500 m², 2 299 € : LiDAR 360° et vision IA, sans NetRTK.
  • 3 000 m², 2 699 € : le NetRTK s’ajoute au duo précédent.
  • 5 000 m², 3 199 € : même équipement, batterie et autonomie au sommet de la gamme.

Retenez la nuance car elle compte. La version d’entrée se repère au laser et à l’œil, pas au satellite. Sur un jardin clos et arboré, cela suffit largement. Sur une grande étendue sans repère vertical, une prairie tondue au carré par exemple, le LiDAR manque d’accroche et le NetRTK devient utile.

Se passer du fil, et de l’antenne

Système de positionnement Tri-Fusion du Mammotion LUBA 3 AWD
Trois technologies de positionnement qui se relaient selon les conditions. © Mammotion

Le fil périmétrique, on l’enterre un dimanche de mars et on le maudit trois étés durant, en général au moment précis où une taupe décide de refaire le terrassement. Attention, ne tuez pas les taupes, elles sont nécessaires à notre biodiversité. Mais vous avez tout de même le droit de les détester ! Cela dit, un petit coup de souffleur sur la terre pour éparpiller tout ça, une poignée de graines, et dans 6 jours votre trou ne sera plus qu’un mauvais souvenir. Bon, par contre, il vous faudra re-fixer ce fameux fil périphérique… pas drôle !

Ici, toute la génération actuelle s’en affranchit. Mammotion va un cran plus loin en supprimant aussi l’antenne RTK plantée dans un coin du terrain et qui faisait vraiment très, très moche. Le service iNavi va chercher les corrections de position sur le réseau, via la 4G intégrée ou le Wi-Fi. La station de charge se pose près d’une prise, et c’est tout. Vous n’imaginez pas le bonheur d’installer une tondeuse autonome aussi simplement.

Le LiDAR balaie 360° à l’horizontale et 59° à la verticale, avec une portée annoncée à 70 mètres. Les testeurs les plus techniques relèvent plutôt une quarantaine de mètres sur les surfaces sombres, peu réfléchissantes, ce qui reste confortable. La vision assure la reconnaissance d’obstacles, le NetRTK corrige la trajectoire, et le système bascule de l’un à l’autre selon ce qui fonctionne le mieux à cet instant. Sous les arbres, à la tombée du jour, par temps couvert, c’est exactement là que les robots à GPS seul commencent à écrire des arabesques.

Couverture du LiDAR 360 degrés du LUBA 3 AWD
360° à l’horizontale, 59° à la verticale, 200 000 points par seconde. © Mammotion

Quatre roues motrices et une pente à 38,6°

C’est la signature de la gamme depuis le premier LUBA, et c’est toujours l’argument le plus difficile à contester. Quatre moteurs indépendants, une pente admissible de 80 %, soit 38,6°. La plupart des concurrents plafonnent autour de 45 %, quelques-uns à 26 %. Si votre terrain comporte un talus, une descente vers le portail ou ce genre de faux plat qui devient une patinoire après l’orage, le calcul est vite fait.

La machine annonce 19 kg, ce qui est léger pour un engin de cette carrure, mais on a pas envie de la porter tous les jours. La combinaison poids contenu (mais quand même bien posé au sol) et motricité intégrale évite les ornières dans l’herbe humide, reproche récurrent adressé aux robots trop lourds. Le châssis mélange alliage d’aluminium et composites traités anti-UV, et le LiDAR est enfermé dans une cage métallique. Ce dernier point n’est pas cosmétique : un capteur laser posé sur le toit d’un engin qui longe les murs, c’est une pièce fragile exposée en permanence. En tous cas, la machine a l’air extrêmement robuste. Le matériaux sont de qualité et ça fait plaisir à voir !

Je regrette juste que la marque ne propose pas une option quant à la couleur de la coque principale. Le blanc optique est très visible dans le jardin et dénote fortement. Une version marron ou grise pourrait être une très bonne idée.

Cage de protection en alliage du LiDAR du LUBA 3 AWD
La cage d’alliage qui protège le capteur laser. © Mammotion

La cartographie, le vrai sujet

Un robot tondeuse se juge moins à sa coupe qu’à sa carte. Ici, on promène la machine une première fois autour du jardin, et l’application reconstitue un plan réaliste, pas un schéma approximatif. On peut ensuite reprendre une bordure ratée sans tout recommencer, définir jusqu’à 50 zones, tracer des murs virtuels autour du massif d’hortensias, relier deux pelouses par un chemin. Le robot passe dans des couloirs de 70 cm, et la carte se sauvegarde dans le cloud, dix plans maximum, pratique si vous entretenez aussi le jardin des voisins.

Cartographie LiveMap du jardin dans l application Mammotion
La carte générée après le premier tour de propriétaire. © Mammotion

On note un détail savoureux pendant cette phase de cartographie : le LUBA 3 est plus culotté que ses concurrents, il chevauche volontiers les allées et frôle les murs de très près. D’où l’utilité des pare-chocs latéraux (qui sont remplaçables), et d’un ajustement manuel des limites dans l’application.


Les détails qui changent la vie d’un vrai jardin

Étanchéité IPX6, donc nettoyage au jet d’eau autorisé. Détection de pluie. Moins de 70 dB, ce qui reste audible mais n’a plus rien à voir avec le vacarme thermique. Détection de soulèvement qui arrête les lames instantanément. Une caméra permet de jeter un œil au jardin à distance, fonction qui amusera les uns et fera lever un sourcil aux autres.

Le point que je retiens surtout : un mode de protection de la faune, avec tonte désactivée ou ralentie la nuit, éclairage et pare-chocs adaptés. Les associations de protection animale répètent chaque printemps que les robots tondeuses nocturnes font des ravages chez les hérissons, qui ont la mauvaise idée de se rouler en boule au lieu de fuir. Voir un constructeur en tenir compte dans le logiciel, plutôt que dans un communiqué, mérite d’être signalé.

Côté énergie, on peut plafonner la charge à 80 % pour ménager la batterie, programmer la recharge en heures creuses, et un mode veille profonde de la station est annoncé pour l’été, crédité d’une centaine de kWh économisés par an. Chiffre de constructeur, à prendre avec les pincettes d’usage.

Ce que disent ceux qui l’ont laissé dehors

Les retours et mon expérience convergent sur l’essentiel. Aucune perte de signal près des haies ou des murs, une détection d’obstacles efficace, une motricité qui avale les terrains bosselés. Même sur un ancien pâturage plutôt que sur un gazon anglais on salue sa capacité à travailler là où les autres renoncent.

Sur l’autonomie, le constructeur annonce jusqu’à 15 Ah et 215 minutes, valeurs qui concernent le haut de la gamme. Sur la version 3 000 m², les testeurs relèvent une batterie de 12,5 Ah et environ 175 minutes par charge.

Vue de dessus du robot tondeuse Mammotion LUBA 3 AWD
19 kg seulement, pour ne pas marquer l’herbe humide. © Mammotion

Alors, pour qui ?

Pour les terrains compliqués. Pentus, arborés, irréguliers, découpés en plusieurs zones, au-delà du millier de mètres carrés. C’est là que la facture se justifie, et c’est précisément le profil que les robots d’entrée de gamme traitent mal.

Si votre jardin est plat, dégagé et sous les 600 m², gardez votre argent. Un modèle plus petit fera le travail pour le tiers du prix, et vous mettrez la différence dans un bon barbecue ou dans du mobilier d’extérieur qui tient dix ans. Le LUBA 3 AWD n’est pas une tondeuse de lotissement, c’est un engin de terrain difficile.

Ce qui frappe, au fond, c’est le chemin parcouru depuis nos premiers essais d’outils de jardin sans fil. On est passé de la tondeuse qui rebondit bêtement sur les obstacles à une machine qui cartographie, reconnaît, anticipe et décide. Le jardin est devenu un terrain d’expérimentation pour la robotique autonome, et ce n’est probablement qu’un début. Reste à savoir ce qu’on fera de tous ces samedis récupérés. Personnellement, j’ai quelques idées, et elles impliquent une chaise longue et un jardin correctement aménagé.