Il y a des maisons qui avancent en silence. Chopard fait partie de celles-là. Pas de marketing fracassant, pas de listes d’attente orchestrées comme un plan de com’. Juste une famille, les Scheufele, qui depuis trois générations construit patiemment l’un des arsenaux manufacturiers les plus complets de l’industrie suisse. Et avec ces deux nouvelles pièces, la Maison de Fleurier (et de Genève, puisque le Poinçon de Genève l’exige) rappelle qu’elle joue dans la cour des grands sans jamais avoir eu besoin de le clamer.
Trois montres, donc. D’un côté, l’Alpine Eagle 41 XPS et son cadran champagne « Mountain Glow » et la L.U.C 1860 et son cadran bleu guilloché « Areuse Blue ». La première est sportive, taillée pour le bracelet intégré et les week-ends en altitude. La seconde est habillée, pensée pour disparaître sous une manche de chemise avec la certitude tranquille de porter un chef-d’œuvre. Ce qui les relie : le même calibre manufacture, la même double certification, et la même philosophie d’excellence discrète. Et d’un autre côté, l’excellence, la Grande Sonnerie : L.U.C Grand Strike.
Le calibre L.U.C 96.40-L : le fil rouge entre les deux montres
Commençons par ce qui bat au cœur de ces deux pièces. Le calibre L.U.C 96.40-L est une évolution directe du tout premier mouvement conçu et produit par Chopard Manufacture en 1996. À l’époque, Karl-Friedrich Scheufele avait pris un pari audacieux : créer de toutes pièces un mouvement manufacture dans un atelier de Fleurier, alors que Chopard était avant tout connue comme joaillier.

Trente ans plus tard, ce calibre en est à sa version la plus aboutie. 3,30 mm d’épaisseur seulement, un micro-rotor en or 22 carats éthique, deux barillets empilés grâce à la technologie Chopard Twin qui délivrent 65 heures de réserve de marche, et un ensemble certifié à la fois par le COSC et le Poinçon de Genève. Autrement dit : la double certification la plus exigeante de l’horlogerie suisse, appliquée ici à des boîtiers en acier. Ce qui, pour les connaisseurs, est encore plus remarquable que sur de l’or : les exigences de finition sur l’acier sont notoirement plus sévères.
Col de cygne, spiral à courbe terminale Phillips, ponts décorés Côtes de Genève, balancier annulaire : tout est là, fini main, dans un espace de 27,40 mm de diamètre. On est dans la haute horlogerie, mais servie avec une discrétion qui est la signature de Chopard.
Chopard Alpine Eagle 41 XPS « Mountain Glow » : la sportive qui sait se tenir en société
La collection Alpine Eagle, lancée en 2019, est née d’une histoire de famille assez touchante. En 1980, le jeune Karl-Friedrich avait proposé à son père la création de la St. Moritz, première montre sport en acier de Chopard. Quarante ans plus tard, c’est son propre fils Karl-Fritz qui, discrètement soutenu par son grand-père, l’a convaincu de revisiter ce modèle. Trois générations autour d’une même idée : on est loin du storytelling marketing habituel.

Cette nouvelle Alpine Eagle 41 XPS pousse le concept dans ses retranchements. 41 mm de diamètre pour seulement 8 mm d’épaisseur : c’est remarquablement fin pour une montre à bracelet intégré. Pour donner un ordre d’idée, la Vacheron Constantin 222 fait 37 mm pour 8,10 mm, et la Royal Oak 15202 faisait 39 mm pour 8,1 mm. Chopard propose ici un boîtier plus grand mais tout aussi fin, ce qui n’est pas un mince exploit technique.


Le cadran « Mountain Glow »
Le cadran arbore une teinte champagne subtile baptisée « Mountain Glow », obtenue par traitement galvanique sur une base en laiton. L’effet évoque la lumière dorée des sommets alpins lorsque les derniers rayons du soleil embrasent les crêtes. Son motif texturé, signature de la collection, reproduit l’iris d’un aigle : un rayonnement concentrique qui joue avec la lumière de façon différente à chaque angle. Aiguilles, index et chiffres romains (à XII et X) sont en or blanc éthique, rehaussés de Super-LumiNova Grade X1 pour une lisibilité impeccable, y compris dans l’obscurité. La petite seconde est logée à 6 heures.


Le bracelet redessiné
Le bracelet en Lucent Steel a été entièrement repensé. Les cinq premiers maillons présentent un taper (un effilement) plus marqué, les maillons proches du fermoir sont plus étroits pour accentuer visuellement la finesse de l’ensemble, et un nouveau système de confort intégré au fermoir triple déployant permet d’étendre le bracelet de 5 mm d’un simple geste « push-pull ». Un détail qui compte quand on sait à quel point les montres à bracelet intégré peuvent être pénibles par temps chaud ou après un effort.


Fiche technique : Alpine Eagle 41 XPS (Réf. 298623-3003)
| Mouvement | L.U.C 96.40-L, automatique, micro-rotor or 22 ct |
| Diamètre mouvement | 27,40 mm / épaisseur 3,30 mm |
| Composants | 176 |
| Fréquence | 28 800 alt/h (4 Hz) |
| Réserve de marche | 65 heures (Chopard Twin, 2 barillets) |
| Certifications | COSC + Poinçon de Genève |
| Boîtier | Lucent Steel, 41 mm, épaisseur 8 mm |
| Étanchéité | 100 mètres |
| Cadran | « Mountain Glow » champagne, laiton, motif iris d’aigle |
| Aiguilles / index | Or blanc éthique, Super-LumiNova X1 |
| Fonctions | Heures, minutes, petite seconde à 6h, stop-seconde |
| Bracelet | Lucent Steel, fermoir triple déployant + extension confort 5 mm |
| Fond | Saphir transparent |
L.U.C 1860 « Areuse Blue » : le classicisme comme déclaration d’intention
Si l’Alpine Eagle est la montre qu’on porte en terrasse ou en montagne, la L.U.C 1860 est celle qu’on glisse sous un poignet de chemise. Son nom rend hommage à Louis-Ulysse Chopard, fondateur de la Maison en 1860. Et cette nouvelle édition célèbre les 30 ans de la Manufacture de Fleurier, fondée en 1996 à l’initiative de Karl-Friedrich Scheufele.
Le format est celui du modèle originel : 36,5 mm. Un diamètre qui fera sourire les adeptes du format généreux, mais qui est en réalité la proportion idéale pour une montre habillée. À 8,20 mm d’épaisseur, elle se fait oublier au poignet comme seules les grandes classiques savent le faire. Et pour les puristes : pas de guichet de date. Un choix volontaire pour préserver la pureté du cadran.

Le cadran guilloché main « Areuse Blue »
C’est ici que la L.U.C 1860 sort son atout majeur. Le cadran en or blanc 18 carats est guilloché à la main, sur un tour à guillocher ancien, par les artisans des ateliers Metalem (filiale du groupe Chopard). Certaines de ces machines ont plus de cent ans. Le motif soleil irradie depuis le centre, des anneaux de guillochage supplémentaires structurent les différents niveaux, et le tout est recouvert de cette couleur « Areuse Blue » qui fait référence à l’Areuse, la rivière qui coule dans les gorges du Val-de-Travers, tout près de la Manufacture.


Chopard fait partie des très rares maisons à maîtriser le guillochage à la main, un savoir-faire qui se raréfie d’année en année faute de machines opérationnelles et d’artisans formés. C’est un détail qu’on ne voit pas sur une fiche technique, mais qu’on perçoit immédiatement au poignet : la profondeur, les jeux de lumière, la régularité du motif. Aucune machine CNC ne peut reproduire cette qualité.
Les index chevronnés en or blanc poli, les aiguilles Dauphine, le compteur de petite seconde à 6 heures au décor colimaçonné : tout respire l’horlogerie classique au meilleur sens du terme. Le chapitre est brossé satiné, les transferts sont nets. Le bracelet cuir veau grainé gris anthracite avec coutures ton sur ton et boucle ardillon en Lucent Steel complète une proposition résolument habillée.
Fiche technique : L.U.C 1860 Chronometer (Réf. 168860-3005)
| Mouvement | L.U.C 96.40-L, automatique, micro-rotor or 22 ct |
| Diamètre mouvement | 27,40 mm / épaisseur 3,30 mm |
| Composants | 176 |
| Fréquence | 28 800 alt/h (4 Hz) |
| Réserve de marche | 65 heures (Chopard Twin, 2 barillets) |
| Certifications | COSC + Poinçon de Genève |
| Boîtier | Lucent Steel, 36,50 mm, épaisseur 8,20 mm |
| Étanchéité | 30 mètres |
| Cadran | Or blanc 18 ct guilloché main « Areuse Blue » |
| Aiguilles / index | Or blanc, Dauphine (heures/minutes), chevron (index) |
| Fonctions | Heures, minutes, petite seconde à 6h, stop-seconde |
| Bracelet | Cuir veau grainé gris anthracite, boucle ardillon Lucent Steel |
| Fond | Saphir transparent |
L.U.C Grand Strike : la grande sonnerie qui couronne 30 ans de Manufacture
Et puis il y a la troisième pièce. Celle qui change la donne. Pour célébrer les 30 ans de la Manufacture de Fleurier, Chopard ne s’est pas contenté de revisiter ses classiques : la Maison dévoile la L.U.C Grand Strike, sa montre la plus compliquée jamais produite. Une grande sonnerie. Autrement dit, le sommet absolu de l’horlogerie mécanique.

Pour ceux qui ne sont pas familiers avec le terme : une grande sonnerie est une montre qui sonne automatiquement les heures et les quarts au passage, sans qu’on ait besoin d’actionner quoi que ce soit. C’est la complication la plus difficile à réaliser en horlogerie, celle qui mobilise le plus de composants, le plus de brevets, le plus de temps de développement. Très peu de manufactures au monde en sont capables. Chopard rejoint ce cercle très fermé avec un argument de poids : 11 000 heures de R&D, 686 composants, 10 brevets (dont 5 développés spécifiquement pour ce modèle), et la double certification COSC + Poinçon de Genève. Ce dernier point est essentiel : c’est la grande sonnerie la plus éprouvée en certification indépendante de l’offre horlogère contemporaine.


Le son du saphir
La L.U.C Grand Strike s’inscrit dans la lignée de la L.U.C Full Strike, la répétition minutes qui avait remporté l’Aiguille d’Or au Grand Prix d’Horlogerie de Genève en 2017. La technologie signature est la même : des timbres en verre saphir monobloc, solidaires de la glace, taillés dans un seul bloc de saphir. C’est une innovation brevetée par Chopard en 2016, que personne n’avait cru possible avant eux. Les propriétés acoustiques du saphir (oxyde d’aluminium monocristallin) étaient connues depuis longtemps, mais sa fragilité avait découragé toute tentative. Chopard a non seulement réussi, mais a poussé le concept jusqu’à la grande sonnerie, avec trois modes sélectionnables par un coulissant à côté de la couronne : Grande Sonnerie (G), Petite Sonnerie (P) ou Silence (S).

Un calibre à cadran ouvert
Le calibre L.U.C 08.03-L est à remontage manuel (logique pour une grande sonnerie, qui a besoin de deux sources d’énergie : une pour le mouvement, une pour la sonnerie). Il offre 70 heures de réserve de marche pour le mouvement et 12 heures minimum en mode grande sonnerie. Le tout est visible à travers un cadran ouvert qui laisse apprécier la mécanique dans son intégralité : à 10 heures, les deux marteaux en acier poli ; à 6 heures, un tourbillon 60 secondes surmonté d’une petite seconde ; à 2 heures, un affichage concentrique des réserves de marche (mouvement et sonnerie). Le pont du tourbillon est en acier poli miroir, les ponts principaux en maillechort ornés de Côtes de Genève.

Le boîtier en or blanc éthique 18 carats mesure 43 mm pour 14,08 mm d’épaisseur. La carrure est satinée verticalement, la lunette et le fond sont polis, ce dernier étant gravé à la main. Le fond saphir permet d’admirer l’autre face du calibre. Deux bracelets interchangeables en alligator (gris et bleu marine) accompagnent la montre, avec boucle déployante en or blanc.
Je n’ajouterai rien, c’est magnifique !


Fiche technique : L.U.C Grand Strike (Réf. 161994-1001)
| Mouvement | L.U.C 08.03-L, remontage manuel |
| Diamètre mouvement | 37,20 mm / épaisseur 10,14 mm |
| Composants | 686 |
| Rubis | 67 |
| Fréquence | 28 800 alt/h (4 Hz) |
| Réserve de marche | 70 h (mouvement) / 12 h min. (sonnerie, mode grande sonnerie) |
| Certifications | COSC + Poinçon de Genève |
| Complications | Grande sonnerie, petite sonnerie, répétition minutes, tourbillon |
| Brevets | 10 (dont 5 spécifiques à ce modèle) |
| Boîtier | Or blanc éthique 18 ct, 43 mm, épaisseur 14,08 mm |
| Cadran | Ouvert, minuterie chemin de fer gravée sur le saphir |
| Aiguilles | Or blanc éthique 18 ct, fusées (h/min), Dauphine (petite seconde et réserves) |
| Fonctions | Heures, minutes, petite seconde, réserves de marche (mouvement + sonnerie), stop-seconde |
| Bracelets | Alligator gris ou bleu marine, interchangeables, boucle déployante or blanc |
| Fond | Saphir transparent, gravé main |
Un mot sur le Lucent Steel : l’acier maison de Chopard
Les deux montres partagent le même matériau de boîtier : le Lucent Steel. Introduit en 2019 avec le lancement de la collection Alpine Eagle, cet alliage exclusif est fabriqué avec un taux de recyclage de 80 %, obtenu par un procédé de refusion avancé. Le résultat est un acier d’une pureté inhabituelle, dont l’éclat se rapproche de celui de l’or, avec des propriétés hypoallergéniques comparables à l’acier chirurgical et une dureté supérieure qui le rend particulièrement résistant aux rayures et à l’abrasion. Depuis 2023, tous les boîtiers et bracelets en acier de Chopard sont réalisés dans ce matériau.


Notre avis
Trois montres, trois tempéraments, un même ADN. L’Alpine Eagle 41 XPS séduira ceux qui cherchent une montre sportive et fine, capable de passer de la salle de réunion au sentier sans perdre en élégance. La L.U.C 1860 s’adresse aux amateurs de belle horlogerie classique, ceux pour qui 36,5 mm n’est pas une contrainte mais un choix de connaisseur. Et la L.U.C Grand Strike s’inscrit dans la catégorie des monuments horlogers : une grande sonnerie à timbres saphir, certifiée deux fois, développée en interne pendant des années. C’est la preuve ultime que Chopard Manufacture, en trente ans d’existence, a atteint le sommet de ce que l’horlogerie suisse peut produire.
Dans les trois cas, la double certification COSC et Poinçon de Genève, la production intégralement in-house et le niveau de finition main placent ces pièces en concurrence directe avec des références bien plus bruyantes sur le marché.
Et c’est peut-être ça, le vrai luxe selon Chopard : l’excellence sans le bruit. Sauf quand la montre sonne.
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