Breitling incarne l’horlogerie aéronautique depuis 140 ans. Fondée en 1884 par Léon Breitling, cette manufacture suisse s’est spécialisée dès l’origine dans les chronographes de précision et les instruments de bord destinés à l’aviation. La légendaire Navitimer, lancée en 1952, demeure le symbole parfait de cette vocation : une montre-outil équipée d’une règle à calcul circulaire, indispensable aux pilotes de l’époque. Aujourd’hui propriété d’un fonds d’investissement et produisant environ 200 000 montres par an, Breitling demeure la référence absolue des montres d’aviateur.
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Fondation et Premières Innovations (1884-1915)
Léon Breitling : Un Spécialiste des Chronographes
En 1884, Léon Breitling, horloger de 24 ans, fonde son atelier à Saint-Imier, dans le Jura bernois suisse. Dès l’origine, sa stratégie est claire : se spécialiser dans les chronographes et les compteurs de précision. Contrairement aux manufactures généralistes de l’époque, Breitling concentre toute son expertise sur la mesure des temps courts avec une précision absolue.

Cette spécialisation s’avère visionnaire. À la fin du XIXe et au début du XXe siècle, le développement des sports chronométrés (cyclisme, automobile, athlétisme), l’aviation naissante et l’industrie moderne créent une demande croissante pour des instruments chronométriques fiables. Breitling fournit alors chronographes sportifs, compteurs industriels et chronomètres de navigation. Sa réputation d’excellence chronométrique s’établit rapidement.
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Gaston Breitling et le Tournant Aéronautique (1914-1932)
En 1914, Gaston Breitling, fils du fondateur, reprend les rênes de la manufacture. Passionné d’aviation, il oriente résolument la production vers les chronographes de bord pour avions et les instruments de cockpit. La Première Guerre mondiale accélère ce développement : les armées belligérantes réclament des instruments précis pour la navigation aérienne et les combats.

En 1915, Breitling crée le premier chronographe-bracelet indépendant équipé d’un poussoir central permettant de démarrer, arrêter et remettre à zéro les fonctions du chronographe. Cette innovation majeure simplifie considérablement l’utilisation pour les sportifs et les aviateurs.
Durant les années 1920-1930, l’âge d’or de l’aviation pionnière, Breitling équipe les grands constructeurs d’avions (Boeing, Douglas, Lockheed), les compagnies aériennes et les pilotes militaires comme civils. Les chronographes de bord Breitling deviennent des instruments standards dans tous les cockpits.

Willy Breitling et les Innovations Chronographiques (1932-1979)
Le Poussoir Indépendant à 2 Heures (1934)
En 1934, Willy Breitling, petit-fils du fondateur, invente le second poussoir indépendant positionné à 2 heures, permettant de remettre le chronographe à zéro sans devoir arrêter sa marche. Auparavant, il fallait obligatoirement stopper le chronographe avant de pouvoir le remettre à zéro. Cette innovation améliore considérablement la praticité lors d’un usage sportif ou aéronautique.
Cette configuration à deux poussoirs (à 2 heures et 4 heures) devient rapidement le standard de l’industrie horlogère, encore utilisé universellement aujourd’hui sur pratiquement tous les chronographes mécaniques.

Le Chronomat (1942)
En 1942, Breitling lance le Chronomat, un chronographe-bracelet équipé d’une règle à calcul circulaire permettant d’effectuer diverses opérations mathématiques : multiplications, divisions, conversions d’unités, règles de trois. Destiné aux scientifiques, ingénieurs et pilotes devant effectuer des calculs techniques en situation, le Chronomat se révèle être le précurseur direct de la Navitimer qui sera lancée dix ans plus tard, établissant le concept révolutionnaire de la montre-outil calculatrice mécanique.

La Navitimer (1952) : Naissance d’une Icône Absolue
En 1952, Breitling lance la Navitimer (contraction de « navigation » et « timer »), un chronographe équipé d’une règle à calcul circulaire spécifiquement conçue pour les pilotes d’avion. Cette montre devient instantanément l’icône absolue de l’horlogerie aéronautique et le demeure encore aujourd’hui.
Les fonctions de la règle à calcul de la Navitimer sont impressionnantes : conversions entre miles nautiques et miles statutaires, calculs d’autonomie en carburant, temps de vol, vitesse moyenne, taux de montée ou de descente, règle de trois. Un véritable ordinateur mécanique au poignet, absolument indispensable aux pilotes de l’époque pré-électronique.
Son design caractéristique est immédiatement reconnaissable : un grand cadran noir richement chargé avec une triple échelle (tachymètre, télémètre et règle à calcul), des aiguilles fortement contrastées et le célèbre logo B ailé. Son diamètre généreux de 41 à 43 mm était considéré comme énorme pour l’époque.
L’Aircraft Owners and Pilots Association (AOPA), la plus grande association de pilotes au monde, adopte officiellement la Navitimer comme montre de référence, faisant graver son logo au fond du boîtier. Cette caution prestigieuse établit définitivement la Navitimer comme la référence absolue des montres de pilote.
A lire : l’histoire complète de la Navitimer

Le Chronographe Automatique (1969)
Le 3 mars 1969, le consortium Breitling-Heuer-Hamilton-Büren (projet Chronomatic) présente le Calibre 11, revendiqué comme le premier chronographe automatique au monde. Il existe toutefois un débat historique avec Zenith, qui avait présenté son El Primero le 10 janvier 1969, mais l’avait commercialisé après le Calibre 11.

Le Calibre 11 est révolutionnaire à plusieurs titres : il s’agit d’un chronographe automatique, avec une couronne inhabituellement positionnée à 9 heures et un micro-rotor. Il équipe plusieurs modèles Breitling, dont le célèbre Chrono-Matic.
Crise et Difficultés (1970-1985)
Dans les années 1970, la révolution du quartz japonais frappe durement Breitling, comme l’ensemble de l’industrie horlogère suisse. Les ventes de montres mécaniques s’effondrent et la manufacture traverse une période critique. En 1979, Willy Breitling, âgé de 76 ans et sans héritier, vend l’entreprise familiale à Ernest Schneider, pilote amateur et entrepreneur avisé.
Schneider sauve Breitling d’une faillite certaine en repositionnant la marque dans le segment du luxe sportif et technique. Contre toute attente, il maintient la production de chronographes mécaniques malgré la crise du quartz. C’est un pari risqué mais visionnaire : miser sur le retour à la mécanique qui se confirmera dans les années 1980.

Renaissance et Expansion (1985-2017)
Le Retour Triomphal des Chronographes Mécaniques
Durant les années 1980-1990, Schneider relance systématiquement les modèles historiques : Navitimer, Chronomat, dans des versions modernisées. Leur design sportif, robuste et masculin séduit une clientèle à la recherche de montres au caractère affirmé.
En 1984, pour le centenaire de Breitling, le lancement du Chronomat moderne marque un tournant. Équipé de « cavaliers » (ces protections de couronne caractéristiques) et d’une lunette tournante unidirectionnelle, avec son esthétique à la fois sportive et élégante, il remporte un succès commercial majeur qui relance durablement la marque.


L’Emergency : Une Montre-Balise de Détresse (1995)
En 1995, Breitling crée l’Emergency, une montre révolutionnaire intégrant une balise de détresse émettant un signal sur la fréquence 121,5 MHz (fréquence internationale de détresse aéronautique). En cas de crash ou de situation de survie, le pilote peut activer la balise miniature intégrée dans la montre, permettant ainsi sa localisation par les équipes de secours.
L’Emergency est rapidement adoptée par les pilotes professionnels, les alpinistes, les explorateurs polaires et certaines forces spéciales. Plusieurs vies ont été sauvées grâce au signal émis par l’Emergency. Une version Emergency II, lancée en 2013, émet également sur la fréquence 406 MHz (fréquence du système satellite Cospas-Sarsat offrant une couverture mondiale).
L’Emergency symbolise parfaitement l’ADN de Breitling : créer des instruments professionnels capables de sauver des vies, et non de simples montres de luxe.

Chronométrie et Certification COSC
Dans les années 2000, Breitling prend la décision audacieuse de soumettre 100% de sa production à la certification COSC (Contrôle Officiel Suisse des Chronomètres), garantissant une précision de -4 à +6 secondes par jour. Aucune autre marque horlogère n’applique cette certification systématique à l’ensemble de sa production.
Cette stratégie marketing s’avère puissante : elle garantit que toute montre Breitling vendue est un chronomètre certifié officiellement, renforçant considérablement l’image de précision et de fiabilité de la marque.
Le Rachat par CVC Capital Partners (2017-Aujourd’hui)
En 2017, la famille Schneider vend Breitling au fonds d’investissement britannique CVC Capital Partners pour environ 800 millions d’euros. Georges Kern, ancien patron d’IWC Schaffhausen, est nommé CEO et entreprend une transformation profonde de la stratégie de Breitling.

Sous la direction de Kern, Breitling opère plusieurs changements majeurs :
- Repositionnement vers le luxe casual : élargissement de la clientèle au-delà des pilotes traditionnels, vers un lifestyle urbain décontracté mais élégant
- Modernisation des collections : réduction drastique du nombre de références (de plus de 300 à environ 150), avec un focus sur les lignes iconiques (Navitimer, Chronomat, Superocean, Avenger)
- Développement manufacture : création de calibres manufacture (B01 chronographe, B09 GMT) remplaçant progressivement les mouvements ETA/Valjoux achetés
- Boutiques concept : ouverture de boutiques monomarque au design industriel-luxe cohérent
- Nouveaux ambassadeurs : recrutement d’ambassadeurs au-delà des pilotes traditionnels (Adam Driver, Charlize Theron…)
- Développement durable : engagement fort dans le développement durable, avec des bracelets en matériaux recyclés et la participation à Ocean Conservancy
Les Collections Contemporaines
- Navitimer : l’icône absolue depuis 1952, avec sa règle à calcul circulaire et son esthétique aéronautique classique. Déclinée en multiples versions (chronographe, GMT, quantième)
- Chronomat : la montre sportive-élégante polyvalente, reconnaissable à ses « cavaliers » protège-couronne et sa lunette tournante. C’est actuellement le bestseller de Breitling
- Superocean : la ligne dédiée à la plongée professionnelle, avec une étanchéité de 200 à 2000 mètres selon les versions, proposant une alternative sérieuse aux Submariner et Seamaster
- Avenger : des montres militaires ultra-robustes, avec une étanchéité extrême et une esthétique tactical assumée
- Premier : la collection habillée élégante au style vintage-contemporain, avec des chronographes plus dressy
- Endurance Pro : une montre sportive légère et ultra-colorée, avec un boîtier en Breitlight (polymère composite), à un prix accessible (environ 3000€), servant de porte d’entrée à la gamme
Les Calibres Manufacture
Pendant longtemps, Breitling utilisait des mouvements ETA/Valjoux modifiés et personnalisés, notamment le célèbre Valjoux 7750. Depuis 2009, la marque a entrepris le développement de ses propres calibres manufacture :
- Calibre B01 (2009) : chronographe manufacture intégré, avec roue à colonnes et 70 heures de réserve de marche. Son architecture verticale et sa finition soignée sont visibles à travers le fond saphir
- Calibre B09 : mouvement GMT manufacture dérivé du B01
- Calibre B04 : GMT avec fonction rattrapante
- Calibre B06 : calendrier complet avec affichage des 30 secondes
Aujourd’hui, environ 60 à 70% des montres Breitling sont équipées de calibres manufacture, les autres utilisant encore des mouvements Sellita ou ETA. L’objectif affiché est d’atteindre 100% de production manufacture à l’horizon 2025-2030.

Production et Positionnement
Breitling produit environ 200 000 montres par an (estimation non officielle), positionnées dans le segment « luxe accessible premium » avec des prix s’échelonnant de 3 000 à 10 000 euros. La marque se positionne ainsi en concurrence directe avec Omega, TAG Heuer et l’entrée de gamme d’IWC.
La clientèle est majoritairement masculine (85%), âgée de 30 à 55 ans, appréciant les montres robustes et sportives au caractère affirmé, avec un véritable héritage aéronautique. Breitling connaît une forte présence aux États-Unis (son marché numéro un), en Europe et en Asie.
Philosophie et Identité
- Aviation et aventure : l’ADN historique aéronautique est maintenu et assumé, même si la clientèle aujourd’hui est majoritairement composée de non-pilotes.
- Instruments professionnels : les montres Breitling sont conçues comme de véritables outils techniques, fiables et robustes, et non comme de simples bijoux de luxe.
- Chronométrie certifiée : avec 100% des montres certifiées COSC chronomètre, Breitling affiche un engagement fort dans l’industrie en matière de précision.
- Design masculin affirmé : une esthétique sportive, robuste et technique, avec des diamètres généreux de 42 à 46 mm et une lisibilité maximale.

Conclusion
Breitling incarne 140 ans d’horlogerie aéronautique, des chronographes de bord pour les avions pionniers des années 1920 à la légendaire Navitimer de 1952, jusqu’aux montres techniques contemporaines les plus abouties.
Spécialiste incontesté des chronographes de précision et des instruments professionnels, Breitling a su traverser les crises majeures (notamment celle du quartz dans les années 1970-1980) grâce à une vision claire : rester fidèle à son ADN technique et aéronautique tout en évoluant intelligemment avec les attentes du marché.
Aujourd’hui, sous la direction de Georges Kern et la propriété de CVC Capital, Breitling opère une transformation ambitieuse : élargir sa clientèle au-delà des pilotes traditionnels vers un lifestyle de luxe casual urbain, tout en préservant scrupuleusement son héritage technique lié à l’aviation. Le développement des calibres manufacture, la modernisation des collections et une stratégie de développement durable témoignent d’une volonté d’adaptation aux enjeux du XXIe siècle.
La Navitimer demeure une icône intemporelle de l’horlogerie mondiale, symbole absolu de la montre de pilote avec règle à calcul, immédiatement reconnaissable aux quatre coins du monde. Pour les amateurs de montres techniques et robustes avec un héritage aéronautique authentique, Breitling demeure une référence incontournable, offrant une alternative crédible à Omega et IWC dans le segment sportif-technique.
Dans le paysage horloger contemporain, Breitling occupe une niche unique : celle d’une marque de luxe à l’identité technique assumée, refusant toute dilution vers l’élégance habillée classique et maintenant fermement son caractère sportif et masculin affirmé. Cette identité forte et différenciante assure sa pérennité et sa pertinence dans le marché hautement compétitif de l’horlogerie de luxe sportive.






