Il y a quelques mois, on découvrait la Classic Traveller Globe Nuit, cette pièce contemplative où Laurent Ferrier célébrait ses quinze ans en peignant le monde vu depuis l’espace, à travers un cadran où les continents apparaissaient en émail bleu opaque. Magnifique, mais davantage taillée pour les dîners en ville que pour le quotidien d’un businessman. À Watches & Wonders 2026, la manufacture genevoise change de registre avec la Sport Traveller : une complication double fuseau horaire, au sein d’un boîtier en titane de 42 mm avec bracelet intégré et une étanchéité jusqu’à 100 mètres. On passe du cossu salon d’un grand hôtel à celui du lounge d’une compagnie aérienne. Alors prêt à embarquer ? En classe business, évidemment !
Laurent Ferrier et la ligne Sport
Pour comprendre ce que représente la Sport Traveller, il faut se souvenir que Laurent Ferrier a pendant longtemps été perçu comme un horloger au classicisme absolu. Ses boîtiers en forme de galet, ses cadrans très épurés purs, son excellence mécanique : tout respirait le raffinement feutré. Puis la ligne Sport est arrivée, avec la Grand Sport Tourbillon et la Sport Auto, et on a découvert un Laurent Ferrier capable de faire des montres au design plus sportif, sans rien perdre de leur élégance, et, comme toujours, de leur technicité et de leur exceptionnelle qualité de finitions. La Sport Traveller est le troisième modèle de cette ligne, et elle intègre la collection de façon permanente.


UN double fuseau horaire Tres intuitif
Le concept de la Traveller, c’est le double fuseau horaire. La première génération utilisait le mouvement LF 230.02 à échappement naturel. Cette seconde génération adopte un nouveau calibre manufacture — le LF275.01 — avec un échappement à ancre suisse.
Le fonctionnement est d’une simplicité remarquable. Sur la carrure gauche, deux poussoirs permettent d’ajuster l’heure locale par sauts d’une heure : celui à 10 heures avance, celui à 8 heures recule. On change de fuseau instantanément, sans arrêter la montre, sans toucher à la couronne. L’heure de référence (domicile) reste affichée dans un guichet à 9 heures, la date semi-instantanée apparaît à 3 heures, et la petite seconde évolue dans un sous-cadran à 6 heures. Des informations essentielles, lisibles d’un coup d’œil, sans encombrement du cadran.
C’est exactement le genre de complication qu’on apprécie en voyage : elle fait ce qu’elle promet, vite et bien, sans mode d’emploi.


Un cadran anthracite qui joue la discrétion
Le cadran anthracite opalin, mise sur la simplicité et la discrétion, ce qui n’est pas forcément courant dans les montres au sein desquelles on retrouve la complication GMT. Pas de rehaut bicolore, pas de disque 24 heures périphérique : juste un cadran sobre où les éléments graphiques — mire centrale, minuterie, marqueurs de petite seconde — sont décalqués en gris poudré. L’inscription « Sport Traveller » apparaît ton sur ton sous les aiguilles, de manière presque confidentielle. Là encore, on est bien chez Laurent Ferrier, la maîtrise dans la discrétion, loin du show off.
Les célèbres aiguilles « sagaies » et les index « gouttes » sont façonnés en or gris 18 carats et remplis de Super-LumiNova vert clair. La lisibilité est assurée de jour comme de nuit — un point souvent négligé par les manufactures de haute horlogerie, qui ont parfois tendance à sacrifier le pragmatisme sur l’autel de l’esthétique. Laurent Ferrier, ancien pilote automobile, n’a pas ce travers, il sait de quoi il parle.


Calibre LF275.01 : un nouveau mouvement manufacture
Au cœur de la Sport Traveller bat un calibre entièrement nouveau, le LF275.01. Automatique, doté d’un remontage par micro-masse excentrée en platine 950 — une signature Laurent Ferrier — il offre 72 heures de réserve de marche. Le mouvement bat à 4 Hz (28 800 alternances/heure) et compte 240 composants pour 35 rubis.

Pour optimiser la résistance aux chocs et aux vibrations — un impératif sur une montre sportive — le calibre est équipé d’un roulement à billes unidirectionnel. La micro-masse oscille entre la platine et le pont de masse, assurant stabilité et efficacité de remontage. Les finitions sont au niveau qu’on attend de la maison, rien n’est trop beau : ponts satinés horizontaux avec traitement ruthénium, pont de micro-rotor entièrement décoré à la main (angles adoucis à la gentiane et à la diamantine, poli miroir), angles rentrants, surfaces polies au zinc, satinages et perlages manuels.
Le passage à l’échappement à ancre suisse (au lieu de l’échappement naturel à double roue des Traveller classiques) est cohérent avec la vocation sportive de la pièce : plus robuste, mieux adapté aux conditions de port actif, tout en conservant la qualité chronométrique que la manufacture exige de chacun de ses mouvements.


42 mm en titane grade 5 : un boîtier taillé pour l’action
Le boîtier Sport de 42 mm est réalisé en titane grade 5, avec une épaisseur de 13,30 mm et une étanchéité de 100 mètres. La carrure tonneau, surmontée d’une lunette aux contours adoucis (évolution du boîtier Square que les connaisseurs de la marque identifieront immédiatement), alterne les finitions : satiné circulaire sur la lunette, poli miroir sur les flancs, satiné vertical sur la carrure. Ce jeu de surfaces donne au boîtier une présence très travaillée sans jamais tomber dans la surenchère.
Le bracelet intégré à trois maillons, lui aussi en titane grade 5, prolonge la carrure avec un satinage vertical ponctué de flancs polis. Les maillons centraux, aux côtés inclinés et polis, renforcent la dimension mécanique de l’ensemble. La couronne boule, signature de la maison, est ici vissée et parfaitement intégrée à la carrure. Le verre saphir bombé coiffe la pièce et lui donne ce galbe caractéristique qu’on reconnaît au premier contact.
On est sur une montre sport à bracelet intégré avec un niveau de finition qui rappelle immédiatement qu’on est chez un indépendant genevois.


Notre avis
Avec la Sport Traveller, Laurent Ferrier complète sa ligne Sport de façon très intelligente. La Grand Sport Tourbillon jouait la carte de la haute complication, la Sport Auto celle de la montre quotidienne trois aiguilles : il manquait une pièce voyage. C’est désormais chose faite, et c’est fait avec une maîtrise qui force le respect. Mais est-ce que cela doit vraiment nous étonner de la part de Laurent Ferrier ?
Ce qui nous séduit particulièrement, c’est la cohérence. Le double fuseau est simple d’utilisation, le cadran est lisible, le boîtier titane est léger et résistant, le bracelet intégré est confortable. Pas de fioriture, pas de complication inutile. Laurent Ferrier applique à la montre sport exactement la même philosophie que celle qui a fait sa réputation sur ses montres plus classiques : la justesse plutôt que la démonstration.
La Sport Traveller intègre la collection permanente et c’est une bien bonne nouvelle !
Fiche technique : Laurent Ferrier Sport Traveller (Réf. LCF045.T1.NG1C7)
| Mouvement | LF275.01, remontage automatique par micro-masse excentrée (platine 950) |
| Échappement | Ancre suisse |
| Fréquence | 28 800 alternances/heure (4 Hz) |
| Réserve de marche | 72 heures |
| Composants | 240 composants / 35 rubis |
| Fonctions | Heure locale et minutes au centre, heure de domicile à 9h, date semi-instantanée à 3h, petite seconde à 6h |
| Boîtier | Titane grade 5, 42 mm, épaisseur 13,30 mm |
| Étanchéité | 100 mètres |
| Cadran | Anthracite opalin, décalques gris poudré, petite seconde azurée |
| Index | Or gris 18K/750 (210Pd) avec Super-LumiNova vert |
| Aiguilles | Or gris 18K/750, forme « Sagaie » avec Super-LumiNova vert |
| Finitions mouvement | Satiné horizontal, traitement ruthénium, pont de micro-rotor poli miroir à la main, angles rentrants |
| Bracelet | Intégré, 3 maillons en titane grade 5, boucle déployante titane |
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