PARFUM POUR HOMME

Parfum et personnalité

Il y a deux types d’hommes dans le monde. Ceux qui ont un parfum, et ceux qui se vaporisent matin et soir la même eau de toilette achetée il y a six ans dans un duty-free de Roissy parce que c’était en promotion. Je n’ai rien contre la seconde catégorie. J’en ai fait partie un temps. Mais à un moment, on se rend compte que le parfum qu’on traîne derrière soi raconte quelque chose. Et qu’on aimerait peut-être que cette chose nous ressemble… n’est-ce pas ?

Choisir un parfum homme selon sa personnalité, ce n’est pas un exercice cosmétique. C’est une affaire de cohérence. Vous ne porteriez pas un costume trois pièces pour aller couper du bois, et vous ne mettez pas un cuir épais pour un brunch dominical en famille. Pourtant, en parfumerie, beaucoup d’hommes naviguent à l’aveugle, en suivant la pub d’un footballeur ou le conseil mou d’un vendeur qui n’a jamais ouvert un livre de Jean-Claude Ellena.

On va essayer de remettre un peu d’ordre dans tout ça.

Pourquoi votre parfum dit plus de vous que votre montre

Une montre se voit. Un parfum se devine. C’est précisément ce qui le rend redoutable. On peut tricher sur beaucoup de choses dans une garde-robe, masquer un mauvais goût derrière une marque connue, ou un physique ingrat derrière une coupe bien taillée. En revanche, un homme qui se parfume avec une senteur qui ne lui correspond pas, ça s’entend tout de suite.

Avant de se lancer dans des affinités, il faut d’abord comprendre comment on classe une fragrance. Sans ce vocabulaire, vous serez condamné à dire « j’aime bien ça » ou « j’aime pas » devant un vendeur perplexe. Pour une vue d’ensemble du paysage actuel et constituer un premier répertoire de marques sélectives, cliquez ici et parcourez un catalogue qui couvre à la fois les grandes maisons et les références plus confidentielles.

Les sept familles olfactives, le seul cadre qui vaille

En 1984, la Société Française des Parfumeurs a établi une classification officielle qui fait toujours référence. Sept familles, qui regroupent l’immense majorité des créations passées et présentes. Mémorisez-les, ça vous évitera bien des humiliations en boutique.

  • Hespéridée : la famille des agrumes. C’est ici que vivent les eaux de Cologne, fraîches, lumineuses, presque insouciantes. Bergamote, citron, néroli, mandarine.
  • Florale : longtemps considérée comme féminine, elle s’ouvre désormais aux hommes via des accords plus structurés, notamment autour de l’iris ou de la fleur d’oranger.
  • Fougère : aucune odeur de fougère, en réalité. Un accord typique de lavande, géranium, coumarine et mousse de chêne. C’est la grande famille du parfum masculin classique.
  • Chyprée : née en 1917 avec le « Chypre » de François Coty. Bergamote en tête, patchouli et mousse de chêne en fond. Élégance terreuse, sophistication ancienne.
  • Boisée : santal, cèdre, vétiver, oud, patchouli. La famille la plus naturellement portée à la virilité, sans tomber dans la caricature.
  • Ambrée : ce qu’on appelle souvent « oriental » dans le langage courant. Vanille, résines, baumes, épices. Sillage long, sensualité assumée.
  • Cuir : la moins commerciale et probablement la plus intéressante. Notes fumées, animales, sèches. Pour ceux qui aiment les sentiers de traverse.

À ces sept familles s’ajoutent des facettes : gourmande, marine, aromatique, fruitée, épicée. Ce sont des nuances, pas des familles à part entière. Méfiez-vous des classifications fantaisistes qui inventent une dixième catégorie « pour homme moderne urbain ». C’est du marketing, pas de la parfumerie.


Quel tempérament pour quelle famille olfactive ?

Attention, ce qui suit n’est pas un test de magazine. Aucune intention de vous coller une étiquette définitive. Ce sont des affinités, pas des verdicts.

L’homme qui aime la lumière (hespéridés et aromatiques)

Vous fonctionnez le matin. Café noir, fenêtres ouvertes, journal sur la table. Vous aimez les lieux où l’on respire, les conversations à l’ombre d’une treille en juillet, les chemises en lin qui n’ont pas besoin d’être repassées au millimètre. Les eaux hespéridées sont pour vous. Acqua di Parma Colonia, 4711, les eaux fraîches de Guerlain ou d’Hermès, tout ce qui vibre autour de la bergamote, du citron de Calabre et du néroli.

L’avantage : c’est rarement raté. L’inconvénient : ça tient trois heures. Acceptez de vous re-parfumer dans la journée, ou complétez avec une eau de toilette plus dense pour le soir.


Le tempérament cérébral (chyprés et boisés secs)

Vous lisez. Vous avez une bibliothèque dans votre salon, pas seulement une étagère IKEA pour faire joli. Vous aimez les conversations qui durent, les vins qui ont passé dix ans en cave, les films de Jacques Rivette quand vous avez quatre heures devant vous. Le Chypre vous attend depuis longtemps. Mitsouko (oui, c’est techniquement féminin, mais portez-le, vous verrez), Eau Sauvage Parfum, les compositions de Frédéric Malle ou de Diptyque autour de la mousse et du patchouli.

Côté boisé sec, le vétiver est votre meilleur allié. Le Vétiver de Guerlain, Encre Noire de Lalique, Sycomore de Chanel. Élégance racée, jamais ostentatoire.

L’homme qui assume sa présence (ambrés et boisés intenses)

Vous n’aimez pas passer inaperçu. Vous parlez fort, vous riez fort, vous prenez les escaliers quatre à quatre, vous commandez le plat le plus épicé de la carte. Habit Rouge, Spicebomb, Tom Ford Tobacco Vanille, les ouds de Maison Francis Kurkdjian. Sillage long, notes chaudes, vanille, résines, encens. Vous laissez une trace.

Conseil capital : un pschitt suffit. Deux maximum. L’erreur fatale des amateurs de parfums ambrés, c’est la surcharge. Vous ne voulez pas être l’homme dont on ouvre la fenêtre après son passage. Vous voulez être celui dont on demande le nom du parfum.


Le marginal délicieux (cuir et niche)

Vous n’avez pas envie de sentir comme tout le monde, et ce n’est pas une posture, c’est une nécessité. Bienvenue dans la famille cuir, et plus largement dans la parfumerie de niche. Tuscan Leather de Tom Ford, Cuir de Russie de Chanel, les créations de Serge Lutens, d’État Libre d’Orange, de Comme des Garçons, de Byredo, de Nasomatto.

Ces parfums ont un défaut : ils coûtent souvent une fortune. Et un autre, plus subtil : ils peuvent diviser. Préparez-vous à des silences gênés et à quelques compliments inattendus. C’est exactement ce que vous cherchiez.

L’art de tester un parfum avant de l’adopter

Un parfum ne se choisit pas sur une mouillette dans une boutique surchauffée. Il se vit sur la peau, plusieurs heures, plusieurs jours s’il le faut.

La méthode qui marche : vous identifiez deux ou trois flacons qui vous intriguent. Vous vaporisez l’un d’eux sur votre poignet, le matin, et vous oubliez. Vous le sentez à midi, à seize heures, le soir avant de vous coucher. Si après huit heures, vous avez envie de remettre le nez sur votre peau, vous tenez quelque chose. Si vous l’avez oublié, passez votre chemin.

Trois règles complémentaires :

  • Jamais plus de trois fragrances testées dans une même séance. Votre nez sature au-delà.
  • Ne sentez pas le grain de café. Mythe entretenu par les parfumeries, sans fondement réel. Une pause à l’air libre suffit largement.
  • N’achetez jamais en vingt minutes. Un parfum a besoin de plusieurs heures pour révéler sa note de fond, qui est ce que vous porterez vraiment toute la journée.

Concentration et durée : ne plus confondre eau de Cologne et extrait

Le mot « parfum » recouvre plusieurs réalités, qui n’ont pas la même tenue ni le même prix. Petit récapitulatif utile.

  • Eau de Cologne : 3 à 5 % de concentration. Légère, fraîche, à renouveler plusieurs fois dans la journée. Idéale pour les hespéridés.
  • Eau de toilette : 8 à 12 %. Le standard de la parfumerie masculine. Tenue moyenne de quatre à six heures.
  • Eau de parfum : 12 à 20 %. Plus dense, plus longue, plus chère. Sillage marqué.
  • Extrait de parfum : 20 à 40 %. La concentration ultime. Quelques gouttes suffisent, et ça tient toute la journée.

Un même nom commercial peut exister en plusieurs concentrations, avec des compositions parfois sensiblement différentes. Sentez chaque version avant d’arbitrer. L’eau de toilette d’un grand classique peut vous séduire là où l’eau de parfum vous écœure, ou l’inverse.

Adapter sa fragrance à la saison et au contexte

Porter le même parfum toute l’année, c’est comme porter le même costume en juillet et en janvier. Techniquement possible, parfois pratiqué, mais on perd en finesse.

L’été appelle les hespéridés, les aromatiques, les fougères légères. La chaleur amplifie les sillages, mieux vaut une senteur fraîche qu’un boisé lourd qui devient suffocant à 32 degrés. L’automne et l’hiver autorisent les ambrés, les cuirs, les boisés profonds, qui se déploient à merveille dans une atmosphère froide. Le printemps reste le territoire des floraux et des aromatiques.

Quant aux contextes, un peu de bon sens suffit :

  • Un parfum discret au bureau, surtout en open space où vos collègues ne vous ont pas demandé leur avis.
  • Un sillage plus présent le soir, pour les dîners ou les rendez-vous où l’on souhaite être remarqué.
  • Et toujours, dans le doute, vaporiser moins plutôt que plus.
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Le faux pas à éviter absolument

Si je devais ne retenir qu’une erreur, ce serait celle-ci : choisir un parfum parce qu’il a plu à quelqu’un d’autre. Votre frère, votre meilleur ami, la dernière personne dont vous étiez amoureux. Une fragrance qui sublime quelqu’un peut parfaitement vous desservir. La chimie cutanée, le pH de la peau, l’alimentation, le climat, tout entre en jeu. Le même flacon ne sent jamais exactement pareil sur deux peaux différentes.

Choisir son parfum, c’est un acte intime. On peut prendre conseil, lire, comparer, écouter les avis, mais la décision finale appartient à votre nez et à votre peau. Si une senteur vous met de bonne humeur le matin, vous tenez probablement la bonne. Si vous l’oubliez sur l’étagère, vous vous êtes trompé. Recommencez.

La parfumerie est l’un des rares territoires où il reste raisonnable d’investir dans le plaisir pur. Quelques dizaines d’euros pour une fragrance qui vous ressemble vraiment, ce n’est pas un luxe. C’est une politesse que vous vous faites, et que vous faites au monde qui vous croise.

Maintenant, à votre nez de jouer.



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